Cet été, l’équipe éditoriale de La Presse vous propose une série de textes sur la densification urbaine comme clé pour venir à bout de la crise du logement, un enjeu répandu dans l’ensemble du Québec qui sera certainement au cœur de la prochaine campagne électorale. Voici le premier éditorial de cette série que vous pourrez ensuite lire les lundis dans la section Débats.

Publié le 2 juillet

À l’heure où il faut miser sur la densification urbaine, Pointe-Claire offre le triste exemple d’un projet de construction qu’on n’aurait pas dû balayer d’un revers de main.

Après tout, la construction de tours résidentielles locatives qui se dessine à côté du centre commercial Cadillac Fairview a beaucoup d’atouts dans son jeu.

D’abord, le projet est piloté par Cadillac Fairview, un promoteur sérieux implanté dans la communauté depuis des décennies.

Ensuite, sa phase 1 est située sur un stationnement sous-utilisé qui constitue un îlot de chaleur à combattre, pas un milieu naturel à protéger. Et les trois édifices de 20 à 25 étages seraient érigés en bordure de l’autoroute 40, pas au milieu d’un quartier résidentiel.

Surtout, le site est collé sur une future station du Réseau express métropolitain (REM), un mode de transport collectif structurant dont le développement doit forcément aller de concert avec un plan de densification, comme ailleurs dans le monde.

L’objection citoyenne n’a donc pas de sens… mais elle n’est pas si surprenante, dans la mesure où la Caisse a déroulé le REM sans se soucier de son ancrage dans le milieu, une erreur à ne pas reproduire.

Mais revenons au projet.

Bien sûr, rien n’est parfait. Mais tout se négocie, se bonifie. Sauf que le nouveau maire de Pointe-Claire ne veut rien entendre. Après avoir rejeté le projet en février, ce qui a donné lieu à une poursuite, il n’a soumis aucune autre vision du développement urbain.

La densification ? Pas dans sa cour !

Tant pis pour les locataires qui ont du mal à dénicher un logement à prix raisonnable en ce traditionnel week-end des déménagements du 1er juillet.

Tant pis pour les jeunes qui n’osent plus rêver à leur première maison, alors que les prix ont explosé de 60 % dans la région métropolitaine avec la pandémie.

En considérant la hausse récente des taux d’intérêt, les maisons n’ont jamais été aussi peu abordables en une génération, vient de calculer RBC. À terme, les services et l’économie des villes vont pâtir si les familles n’ont plus les moyens de s’y installer.

Si les prix sont dans le plafond, c’est qu’il manque de maisons, parce que la construction n’a pas suivi la démographie depuis 20 ans. Pour que chacun ait un toit, il faut donc construire. Et pas juste un peu.

D’ici 2030, il faut augmenter de 14 % le nombre de logements au Québec. Pour y arriver, il faut doubler le rythme des mises en chantier et bâtir 620 000 unités de plus, selon une étude de la Société canadienne d’hypothèques et de logement1.

Le défi est colossal. Mais ce n’est pas une raison pour construire n’importe où et n’importe comment.

L’étalement urbain n’est pas la voie de l’avenir d’un point de vue environnemental (on ne peut plus miser sur l’auto en solo avec l’urgence climatique), financier (cela nécessite la construction d’infrastructures qui existent déjà en ville) et humain (des heures à faire la navette, ça use une petite famille).

Voilà pourquoi la solution à la crise du logement passe par la densification des villes. Tout le monde s’entend là-dessus… sauf certains résidants qui ne veulent pas que leur quartier change.

C’est à coup de transparence, de pédagogie et de réelle consultation qu’on réussira à les convaincre qu’eux aussi peuvent y trouver leur compte. Pas juste au sens figuré. Car n’oublions pas que l’ajout de logements permet d’élargir l’assiette fiscale d’une ville, limitant ainsi la hausse des taxes foncières des résidants qui risque d’être salée avec l’inflation galopante.

On convaincra aussi les résidants en tablant sur des projets de densification raisonnable et raisonnée. Pas des tours grises et ternes. Mais de véritables milieux de vie intégrant des espaces verts, des commerces de proximité, des lieux où les enfants et les ados peuvent se retrouver.

La revitalisation du Vieux-Pointe-aux-Trembles par la Société de développement Angus est un bon exemple de projet adapté aux besoins du milieu qui devrait améliorer la qualité de vie et l’environnement du quartier ainsi que la mixité résidentielle. Les édifices de six étages abriteront des restos et cafés, des condos et du logement locatif abordable et même un atelier de bricolage communautaire. Ruelle verte en prime.

Tout cela a convaincu la population, l’arrondissement et même le provincial qui allonge du financement. Pourtant, après des années de réflexion, le projet s’est fait servir un avis défavorable par un comité de la ville centre : trop dense à son goût !

De grâce, il faut une meilleure harmonisation des différents ordres de gouvernement en matière d’immobilier. Il faut réduire la bureaucratie et les embûches réglementaires qui font que les projets avancent à pas de tortue.

Les villes doivent se doter d’un calendrier avec des objectifs chiffrés quant au nombre d’unités à construire pour répondre à la crise du logement. Elles doivent élaborer un plan d’urbanisme clair avec des paramètres précis pour éviter que les promoteurs naviguent dans le brouillard.

Mais, redoutant la réaction des citoyens, les élus préfèrent laisser les promoteurs mettre leur tête sur le billot et présenter un projet qu’ils pourront toujours bloquer si la population grince des dents.

Comme à Pointe-Claire.

Il faut laisser tomber le chacun pour soi, si on veut que chacun ait son toit.

1. Lisez « Pénurie de logements au Canada – Estimation des besoins pour résoudre la crise de l’abordabilité du logement au Canada d’ici 2030 »
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