Autant vous le dire tout de suite, cet éditorial va mettre à l’épreuve votre résilience. On va parler de structures et de décentralisation dans le réseau de la santé québécois, dans la foulée du rapport sur la gouvernance de la sous-ministre, Dominique Savoie.

Publié le 17 juin

Voyez ? Certains d’entre vous ont déjà levé les yeux au ciel.

Rassurez-vous. C’est parfaitement normal. Entre autres parce que la dernière fois qu’un ministre de la Santé a proposé une réforme de la gouvernance, c’était Gaétan Barrette, en 2015.

Les effets pervers de sa réforme ont éclipsé tout le reste. On en garde surtout un goût amer, qui va de pair avec les maux de tête qu’elle provoque encore.

C’est entre autres pour réparer les pots cassés qu’il importe de se pencher à nouveau sur la gouvernance et les structures et de saluer le rapport rendu public mercredi à ce sujet.

C’est le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, qui avait réclamé un tel diagnostic et il a approuvé les recommandations offertes. Il faut s’en réjouir.

Notons que même Gaétan Barrette avait fait un mea culpa l’an dernier, en annonçant son retrait de la vie politique. Il reconnaissait avoir « sans aucun doute coupé trop de cadres intermédiaires et supérieurs ».

La pandémie aura hélas permis de confirmer à quel point certaines de ses décisions ont fait mal au réseau.

À la lecture du document de Dominique Savoie, on constate très rapidement que l’idée n’est pas de réinventer la roue. Il ne s’agit pas de faire une « révolution », précise-t-on. On préfère parler de l’« évolution naturelle du réseau ».

Le rapport s’inscrit donc dans la droite ligne de celui publié par la commissaire à la santé et au bien-être du Québec, Joanne Castonguay, en janvier dernier. Elle plaidait elle aussi pour une transformation de la gouvernance.

Ce changement souhaité dans l’organisation du travail est tellement incontournable que Québec n’a pas attendu ces rapports pour commencer à agir. Souvenons-nous que la crise sanitaire a forcé M. Dubé à nommer de façon pressante un gestionnaire responsable au sein de chaque CHSLD.

C’est ce genre d’ajustement « vers une gouvernance plus locale » que le rapport préconise par-dessus tout. Une décentralisation qui va favoriser la gestion de proximité et qui nécessitera l’embauche de quelques centaines de cadres de plus.

Comme l’a souligné le ministre mercredi en conférence de presse, il n’est pas normal qu’on ne trouve pas actuellement, au sein de chaque hôpital, un gestionnaire que les divers professionnels de la santé peuvent interpeller en cas de problème.

C’est un exemple parmi d’autres des dysfonctionnements du réseau en matière d’organisation du travail qui semblent irriter Christian Dubé. Il est lui-même un gestionnaire chevronné. Et il semble déterminé à changer les choses.

Le rapport de Dominique Savoie appelle aussi à une urgente redéfinition des rôles entre le Ministère et le réseau. On prône carrément la création d’une nouvelle instance. L’idée demeure floue, mais il faudra bien trouver (enfin) des moyens d’améliorer la coordination entre les divers acteurs et de distinguer pour de bon les stratégies (qui relèvent du Ministère) des opérations (qui devraient essentiellement appartenir au réseau).

Vous vous demandez peut-être en quoi tout cela a un impact dans votre vie ?

Si la dernière décennie nous a appris une chose, au Québec, c’est à quel point la gouvernance et les changements de structures ont un impact majeur sur la qualité et l’accessibilité des soins.

Et sur la pénurie de main-d’œuvre, aussi, rappelle le rapport. Si on rapproche la prise de décision des employés du réseau et qu’on rend leurs gestionnaires plus accessibles, on « favorisera un meilleur soutien aux équipes, facteur important de fidélisation, en plus de mieux superviser et coordonner la prestation des services offerts à la population sur le territoire ».

Encore faut-il que toutes ces réformes soient implantées avec succès.

Il est sain de faire preuve de scepticisme. Laissons toutefois le cynisme au vestiaire, il ne sera utile à personne.

Espérons plutôt que le plan — crédible – de refondation du système piloté par le ministre Dubé, qui est consolidé par ce nouveau rapport, va enfin remettre le mammouth de la santé sur ses pattes et le faire avancer dans la bonne direction.

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