Parler de bonheur alors que le moral collectif est au plus bas semble paradoxal. C’est pourtant ce que nous invite à faire un groupe d’experts composé d’universitaires, d’économistes et de représentants du patronat et du monde syndical.

Publié le 24 janvier

Le G15+ (c’est le nom qu’ils se sont donné) propose un « indice du bonheur » qui est en fait un ensemble de 51 indicateurs permettant d’évaluer le niveau de bien-être de la population québécoise. Et de brosser un tableau éclairant de notre qualité de vie collective.

C’est bien connu, l’argent ne fait pas le bonheur. Un économiste, l’Américain Richard Easterlin, le premier à se pencher sur l’économie du bonheur, l’a démontré dans les années 1970 : au-delà d’un certain revenu, le bien-être n’augmente plus. C’est ce qu’on appelle le « paradoxe Easterlin ». De la même façon, l’incontournable PIB ne dit pas tout de la qualité de vie d’une nation. Il ne prend pas en compte la répartition des richesses, le niveau d’éducation, l’accès aux soins de santé…

Parler de bonheur paraîtra peut-être ésotérique aux yeux de certains, mais ce nouvel indice s’appuie sur des sources crédibles, des indicateurs reconnus, utilisés par les principales organisations internationales comme l’OCDE, l’ONU, etc.

Ces indicateurs sont répartis dans trois grands secteurs : économie, société, environnement. On y retrouve les classiques : taux d’emploi, de chômage, d’endettement, mais aussi l’accès aux espaces verts, la consommation d’eau potable, la densification urbaine, la santé mentale et l’accès à l’internet haute vitesse.

Le résultat : un tableau de bord qui permet d’avoir une vue d’ensemble plutôt que de travailler en silo, comme l’explique Mia Homsy, présidente de l’Institut du Québec et membre du G15+.

Est-ce que cet indice dit tout ? Bien sûr que non. Il aurait pu y avoir un indicateur de plus sur la culture, par exemple. L’indicateur d’un PIB « culture et sport » ne dit rien sur le nombre de salles de diffusion, la lecture ou l’accès à la culture.

De la même façon, on aurait pu creuser davantage l’angle égalité hommes-femmes : trois indicateurs nous informent de l’emploi des femmes, des mères, ainsi que de l’écart salarial entre hommes et femmes. Or, le bien-être (surtout celui des femmes) se trouve à bien d’autres endroits, dans la répartition équitable des tâches ménagères et des soins aux enfants, par exemple, tous deux mesurés par Statistique Canada. On aurait pu aussi parler de la répartition des congés parentaux ou de la représentation des femmes dans la vie politique. On pourra sans doute bonifier certains indicateurs avec le temps.

Un outil prometteur

L’idée d’un indice du bonheur ou du bien-être n’est pas nouvelle (nous en parlions dans ces pages il y a… 15 ans !). C’est une idée porteuse que contemplent plusieurs pays partout dans le monde. Notre gouvernement fédéral est d’ailleurs en train de développer le sien et il était important pour le groupe d’experts québécois d’utiliser des indicateurs qui seraient cohérents avec ceux d’Ottawa.

Au-delà de son utilisation dans des palmarès et autres campagnes marketing, l’indice du bien-être s’avère un outil très prometteur pour orienter des décisions politiques ou pour mesurer le progrès de certains dossiers.

Il peut également être utilisé en préparation d’un budget. C’est ce que fait la première ministre de la Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern, depuis 2019.

Lisez l’éditorial consacré au « budget bonheur » néozélandais (La Presse)

En attendant que Gérald Fillion intègre l’indice du bonheur dans son bulletin de nouvelles économiques, souhaitons que le gouvernement québécois l’adopte afin que l’argent public serve avant tout à améliorer nos conditions de vie.

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