Le chef de police de Montréal, Sylvain Caron, a pris tout le monde par surprise récemment. Questionné dans le cadre de la présentation du budget du SPVM, il a lancé une petite bombe : il songerait à fusionner plusieurs postes de quartier. M. Caron a déclaré ne plus croire en la structure actuelle. Selon lui, la police de Montréal a besoin d’un autre modèle.

Publié le 17 janvier

Sur quoi se base-t-il pour l’affirmer ? Ce n’est pas clair.

Au service des communications – M. Caron n’a pas souhaité nous l’expliquer de vive voix –, on nous dit que le chef de police a entrepris des consultations à l’interne il y a quelques semaines. Gestionnaires, sociologues et criminologues auraient été consultés. On nous assure qu’il conduira d’autres consultations au cours des prochains mois.

Quand on parle aux gens sur le terrain, toutefois, la réponse qui revient le plus souvent est la suivante : « Je suis tombé de ma chaise. »

Car la vérité, c’est que cette sortie publique du chef de police n’était absolument pas annoncée. Même les élus montréalais n’étaient pas au courant, c’est dire.

On ne sait pas encore ce que M. Caron, qui occupe ce poste depuis 2018, a en tête, mais ses propos sur les postes de quartier – qu’il a décrits comme « un vestiaire où les policiers vont se changer » – ont eu l’effet d’une gifle pour ceux et celles qui y croient. Et pour qui la police implantée dans sa communauté et axée sur la prévention est plus efficace qu’une police axée sur la répression.

Rappelons que la police de quartier montréalaise aura 27 ans cette année. Elle a été mise sur pied en 1995 par le chef Jacques Duchesneau à un moment où le service de police vivait une grave crise de confiance. Avant d’accoucher de son projet, pendant un an, M. Duchesneau a mené des consultations et visité des services de police partout dans le monde. Le modèle montréalais a fait ses preuves et intéressé des gens au-delà de nos frontières.

Au fil des ans et des chefs de police, le nombre de postes de quartier est passé de 45 à 30. Les prochains à être fusionnés seront les postes 31 et 33, dans le nord de la ville, le printemps prochain. Et c’est loin d’enchanter les populations concernées.

Est-ce que la police dite « de proximité » a besoin d’être modernisée ? C’est possible. Déjà, en 2019, le chef de police de Longueuil, Fady Dagher, écrivait dans L’état du Québec (une publication de l’Institut du Nouveau Monde) qu’il fallait passer à une police « de concertation ». C’est donc dire que la police devrait se rapprocher encore davantage de sa communauté, pas s’en éloigner. Les policiers du Réseau d’entraide sociale et organisationnel (RESO), qui inspirent d’autres corps policiers au Québec, sont d’ailleurs l’incarnation de la réflexion du chef Dagher.

La sortie du chef Sylvain Caron est d’autant plus étonnante qu’au lendemain du meurtre du jeune Thomas Trudel, en novembre dernier, c’est d’une même voix que tout le monde – politiciens, travailleurs communautaires, enseignants… – avait insisté sur l’importance du travail policier en amont.

On avait souligné à quel point il était crucial que la police travaille de concert avec les acteurs sociaux d’un quartier, qu’elle établisse un lien de confiance durable, qu’elle participe à retricoter le tissu social pour assurer la cohésion d’un quartier et combattre la criminalité et le trafic d’armes.

Deux mois plus tard, M. Caron affirme que ses forces policières sont éparpillées sur le territoire, que la police est « partout et nulle part en même temps ». Peut-on croire qu’on sera plus efficaces en centralisant les opérations policières au sein de grands postes de police, qui risquent de favoriser un plus grand roulement de personnel, en plus d’être physiquement éloignés des citoyens ?

Il est permis d’en douter.

Aux communications du SPVM, on se veut rassurant : la volonté de proximité avec la population et les partenaires du SPVM demeure intacte et « profondément ancrée dans nos valeurs ».

Si c’est un manque d’argent qui motive la réflexion du chef Caron, il devra démontrer qu’il a étudié toutes les options : y a-t-il trop de bureaucratie dans la police ? Trop de rapports inutiles à remplir qui éloignent les policiers de leur mission première, être sur le terrain ? Y a-t-il du gras à couper avant de fermer des postes de quartier, trop de patrons ?

La démonstration doit être faite et il revient à M. Caron de la faire. Il devra aussi aller à la rencontre des Montréalais pour écouter leurs besoins et leurs attentes. On ne peut pas dire que la confiance à l’endroit du SPVM est à son maximum ces temps-ci. Les poursuites pour profilage racial ainsi que l’arrestation erronée de Mamadi Camara, entre autres, n’ont rien fait pour redorer son blason.

Le service de police est indépendant du politique, il est important de le rappeler. Mais son chef ne peut pas décider seul, et unilatéralement, de l’orientation philosophique du SPVM. Cela doit se faire avec l’appui des élus et de la population.

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