L’un des problèmes du système de santé les plus urgents à régler cette semaine est celui des nombreux patients qui n’ont plus besoin de soins actifs, mais qui sont encore à l’hôpital parce qu’on tarde à les transférer.

Publié le 11 janvier

Il y a de quoi en faire, dès que la crise sera terminée, une fascinante étude de cas pour quiconque s’intéresse à la complexité du processus de prise de décision dans le milieu de la santé en temps de pandémie.

C’est aussi un exemple saisissant des difficultés auxquelles font face nos décideurs quant à la recherche de solutions.

Les journalistes Ariane Lacoursière et Léa Carrier ont récemment dressé un portrait éclairant du problème, de ses sources et des dilemmes qu’il pose.

« Le traumatisme de la première vague de COVID-19, où des aînés parfois contaminés ont été envoyés en milieux de vie pour aînés, entraînant des éclosions, est encore vif », ont-elles rapporté.

Et c’est ce qui explique en grande partie pourquoi plus de 600 patients occupent actuellement des lits dont ils n’ont plus besoin.

Dans les circonstances, garder à l’hôpital ces patients en attente de transfert ne semble plus être une solution viable.

« Il n’y a pas de solution à risque zéro. Si on n’était pas si occupé, on garderait ces patients à l’hôpital. Mais on en est rendu à [envisager d’annuler des opérations] de cancers… », a expliqué le président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec (ASMUQ), Gilbert Boucher, à nos journalistes.

Lisez l’article d’Ariane Lacoursière et de Léa Carrier

En d’autres termes, le risque zéro, dans ce cas spécifique, met l’ensemble du réseau à risque. Et cette approche pénalise des patients qui, eux, ont besoin de soins.

Le mieux devient ainsi l’ennemi du bien.

Les hospitalisations ont grimpé de façon inquiétante (on en est à 2554 liées à la maladie) et, selon Québec, il manquera sous peu quelque 1000 lits pour faire face à l’afflux de nouveaux patients.

C’est sans compter que le délestage, forcément, prend de l’ampleur. Avec tous les problèmes que ça pose pour un grand nombre de patients qui auraient besoin d’être opérés.

De nombreux médecins estiment donc que Québec devrait prôner très rapidement plus de souplesse pour le transfert des patients vers les CHSLD et les résidences pour aînés.

Notons que certains des patients qui ne nécessitent plus de soins peuvent encore avoir des symptômes de la COVID-19. Plusieurs, dans le réseau, n’ont donc pas envie que ces patients changent de milieu, entre autres pour se retrouver dans un CHSLD ou une résidence pour aînés.

Mais même le transfert potentiel de ces patients ne peut plus, à l’heure actuelle, être rejeté du revers de la main. Il faut y réfléchir sérieusement.

Tout ça peut, oui, sembler contre-intuitif si on se fie aux conclusions tirées de la première vague.

Or, si la situation n’est pas rose dans les CHSLD, où les éclosions sont de plus en plus nombreuses, le feu est carrément pris dans les hôpitaux.

C’est possiblement, dans les circonstances, la moins mauvaise de toutes les options.

Un peu comme lorsque Québec a décidé d’avoir recours aux travailleurs de la santé atteints de la COVID-19, mais asymptomatiques, afin d’éviter de délester davantage.

Les divers milieux de vie pour aînés sont maintenant en mesure de gérer des patients atteints de la COVID-19 bien mieux qu’en 2020.

Aussi, la vaccination de la quasi-totalité des résidants et des employés change la donne. Il faudrait toutefois, bien sûr, leur fournir un assez grand nombre de tests et s’assurer qu’ils ont le personnel suffisant pour offrir les soins et services requis.

Parallèlement, on nous signale certaines mesures qui pouvaient sembler prudentes auparavant, mais qui semblent désormais excessives parce que les hôpitaux sont dans un état critique.

Par exemple : imposer un test négatif à un aîné avant qu’il puisse revenir dans son milieu de vie, même s’il n’a séjourné que quelques heures aux urgences d’un hôpital. Alors que l’accès aux tests est difficile et que la pénurie de travailleurs de la santé frappe durement les hôpitaux.

Cela dit, il n’y a pas que les résidences pour aînés et les CHSLD qui peuvent être mis à contribution (puisque ce n’est pas l’idéal).

Il est aussi possible de transférer davantage de patients dans sites non traditionnels, comme des hôtels.

Excellente idée, qu’on préconise de plus en plus… mais où trouver le personnel nécessaire alors qu’on manque d’employés dans les hôpitaux ?

C’est un autre cas où une dose supplémentaire de créativité sera essentielle.

Vous vous souvenez de cette image selon laquelle, lors de la première vague, on devait construire un avion en plein vol ?

Voici qu’on se rend compte que certaines des pièces utilisées doivent être remplacées de toute urgence par d’autres, complètement différentes, sans même que l’avion n’ait l’autorisation de se poser pour être réparé.

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