Finies, la SAQ et la SQDC pour les non-vaccinés. Fermé, l’accès aux services de soins corporels pour ceux qui n’ont pas relevé leur manche. Ce n’est pas trop tôt !

Publié le 7 janvier

Alors que nos hôpitaux débordent comme jamais et que l’ensemble de la population digère mal l’imposition d’un nouveau couvre-feu, il était temps que Québec serre la vis à ceux qui refusent de faire leur effort de guerre.

On se réjouit de savoir qu’il ne s’agit que d’un « premier pas », comme l’a souligné le ministre de la Santé Christian Dubé en conférence de presse.

En effet, il faut aller plus loin. En étendant la portée du passeport vaccinal. Et en osant parler de vaccination obligatoire. Calmement.

L’idée n’est surtout pas de se lancer dans une chasse aux sorcières qui risquerait de braquer encore plus tous ceux qui sont réfractaires aux vaccins. Non, l’objectif est plutôt de réduire les risques de contamination et d’assurer une forme d’équité.

Les Québécois profitent d’un généreux filet social qui leur permet d’obtenir gratuitement des soins de santé financés par l’ensemble des contribuables, à la hauteur de moyens de chacun. Fort bien.

C’est le contrat sur lequel repose notre social-démocratie. Mais actuellement, les 10 % de non-vaccinés ne respectent pas leur part du contrat. En refusant le vaccin, ils ont 7,7 fois plus de risques d’être hospitalisés pour la COVID-19, ce qui met en péril le système de santé.

Et les prévisions dévoilées jeudi donnent froid dans le dos. D’ici peu, les gens infectés par la COVID-19 pourraient occuper 3000 lits, dont 400 aux soins intensifs. Une progression fulgurante.

Même un délestage total impliquant le report d’opérations ou de traitements pour des maladies très sérieuses ne sera pas suffisant pour surmonter la vague.

L’heure est grave.

Qu’attend-on pour élargir encore plus le passeport vaccinal ?

Bloquer l’accès à la SAQ et à la SQDC – à partir du 18 janvier, ce qui est bien tard – ne fera pas une si grande différence.

En imposant le passeport à d’autres commerces non essentiels, on aurait plus d’impact. Il est quand même surréaliste de savoir que les non-vaccinés peuvent se balader incognito dans les centres commerciaux, alors que le personnel de la santé est à genoux.

Jeudi, la Fédération canadienne des entreprises indépendantes et le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) se sont braqués contre une telle mesure. Oui, ce serait un fardeau pour les commerçants qui l’ont eu dur depuis le début de la pandémie. Ils ont toute notre sympathie. Mais si les restaurateurs ont pu s’adapter au passeport, pourquoi pas les autres commerces ?

Plusieurs pays européens vont encore plus loin. L’Autriche, la Grèce et l’Italie ont carrément annoncé la vaccination obligatoire. L’Allemagne y songe aussi.

Faut-il faire ce pas de plus ?

En théorie, notre Loi sur la santé le permettrait. Mais pratico-pratique, on n’ira pas piquer les gens de force. On ne veut pas non plus refuser de soigner les non-vaccinés. Ce ne serait pas digne de la démocratie dans laquelle on vit.

Faire payer la note aux non-vaccinés n’est pas non plus une option réaliste, car les coûts seraient prohibitifs pour la plupart des portefeuilles.

Au Canada, un séjour à l’hôpital lié à la COVID-19 coûte 23 000 $ en moyenne. C’est quatre fois plus cher que pour une grippe et trois fois plus cher que pour une crise cardiaque, évalue l’Institut canadien d’information sur la santé.

Remarquez qu’on pourrait au moins remettre une facture symbolique aux non-vaccinés à la fin de leur séjour… si les systèmes informatiques du réseau de la santé n’étaient aussi kafkaïens.

Mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas piger du tout dans le portefeuille des non-vaccinés. L’Italie, par exemple, imposera bientôt des pénalités allant jusqu’à 2150 $ aux non-vaccinés de 50 ans et plus qui ne respectent pas des conditions très strictes.

Au Québec, l’ancien ministre Daniel Paillé et l’ancien sous-ministre adjoint Claude Garcia viennent de lancer diverses suggestions sur la place publique.

Priver les non-vaccinés infectés de l’assurance-invalidité de leur employeur ou des prestations gouvernementales peut sembler logique et équitable. Mais cela risque de pousser les gens malades à rester au boulot, ce qui serait contre-productif.

On pourrait cependant créer une contribution santé d’un montant raisonnable qui s’ajouterait sur la déclaration de revenus des non-vaccinés admis à l’hôpital avec la COVID-19.

Certains protestent en disant : « Ah, mais où cela va-t-il s’arrêter ? Va-t-on bientôt piger dans la poche de tous ceux dont le comportement entraîne un risque d’hospitalisation plus élevé ? »

En réalité, c’est déjà le cas. Par exemple, les fumeurs et les amateurs d’alcool paient de lourdes taxes tandis que les motocyclistes les plus à risque versent pratiquement 10 fois plus à la SAAQ.

Que les non-vaccinés paient un tribut supérieur ne serait donc pas une exception. Mais il faut prendre garde de ne pas accentuer les iniquités qu’on observe déjà avec la vaccination.

Le doigté est de mise pour assurer l’équité sociale sans créer davantage de clivages.

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