Une rentrée scolaire normale, sans masques, comme si la COVID-19 était un lointain souvenir ?

Oubliez ça.

C’est ce que le gouvernement Legault avait prévu début juin. C’est ce qu’on se souhaitait tous.

Mais il faut se rendre à l’évidence. Le variant Delta, plus contagieux, change la donne. Le taux de vaccination ne sera vraisemblablement pas assez élevé pour qu’on rentre à l’école comme en 2019.

À cause de la virulence du variant Delta, le seuil de vaccination officiel (deux doses de vaccin) de 75 % devrait plutôt passer à 85 %, voire 90 %, selon des experts.

Québec avait prévenu qu’il pourrait modifier son plan en août (on parle visiblement de début août). Québec, qui a confirmé mercredi son intention de maintenir en présentiel la rentrée collégiale et universitaire, devra vite faire connaître son plan final. Et cette fois, serrer la vis. On est rendu là.

À notre avis, la prochaine année scolaire doit se dérouler selon six grands principes :

1) Favoriser les cours en présentiel.

La pandémie a été particulièrement dure pour le moral et la santé mentale des élèves et des étudiants. Ceux qui ont pris la sage décision de se faire vacciner méritent de continuer leurs études uniquement en présentiel, le plus normalement possible.

2) Profiter de la rentrée pour faire un blitz de vaccination sur les campus et à l’école.

Pour aider à atteindre les objectifs de vaccination, il faudra un blitz de vaccination à la rentrée sur les campus et à l’école. Mais ce n’est pas insurmontable, et il y a déjà des centres de vaccination dans beaucoup de cégeps et d’universités.

Autre bonne nouvelle : le taux de vaccination serait un peu plus élevé chez les étudiants du cégep (taux de deuxième dose de 79 % projeté à la rentrée) et de l’université (taux de deuxième dose projeté à 83 %) qu’au sein de leur groupe d’âge des 18-29 ans, selon les chiffres de Québec dévoilés mercredi à Radio-Canada.

Avec la tendance des 10 derniers jours, on arriverait au 1er septembre avec un taux de vaccination pour la première dose de 86 % chez les 12 ans et plus, 79 % chez les 12-17 ans et 76 % chez les 18-29 ans1. Alors que les experts parlent maintenant d’un taux de vaccination adéquate (deux doses) d’environ 90 % pour retrouver une vie plus normale.

3) Expliquer clairement, mesures précises à l’appui dès début août, que les élèves et étudiants non vaccinés n’auront pas les mêmes privilèges que les élèves et étudiants vaccinés.

Même si la vaccination n’est pas obligatoire, on ne peut pas faire payer éternellement tout le groupe quand une petite minorité décide de hausser le risque collectif.

Par exemple, les clubs sportifs, les activités parascolaires et les autres services accessoires (bibliothèque, résidences étudiantes…) pourraient être réservés aux élèves et étudiants vaccinés.

4) Imposer des règles sanitaires et des règles de quarantaine différentes pour les élèves et étudiants vaccinés et les non-vaccinés.

Normal, car les deux groupes représentent un risque sanitaire différent. Par exemple, les élèves et étudiants non vaccinés pourraient devoir fournir un test de dépistage de la COVID-19 négatif chaque semaine pour continuer à suivre leurs cours en présentiel.

S’il y a un cas de COVID-19 dans une classe (et qu’on considère qu’il y a un risque d’infection important dans la classe), les élèves et étudiants vaccinés pourraient devoir s’isoler pendant une courte période (ex. trois jours), puis revenir en classe après un test négatif. Alors que les élèves et étudiants non vaccinés s’isoleraient pendant 14 jours, comme c’est le cas actuellement. Pendant ce temps, les cours se donneraient donc à la fois en présentiel et à distance. On en convient, ce n’est pas idéal pour les profs, qui ont tellement donné depuis 17 mois. Mais c’est la moins pire des solutions.

5) S’assurer que tous les élèves et étudiants, peu importe leur statut vaccinal, conservent leur droit fondamental à l’éducation, le plus possible en présentiel, ou alors à distance.

6) Imposer le port du masque pour tous dès le départ.

Le port du masque reste la meilleure mesure sanitaire en termes de coût/bénéfice.

Évidemment, ces grands principes devraient se moduler différemment selon l’état de la pandémie et le niveau d’enseignement (secondaire, cégep et université).

Par exemple, une école secondaire avec un taux de vaccination supérieur à 85 % pourrait avoir la permission de ne pas imposer le port obligatoire du masque. Ou si une région obtient un taux de vaccination au-delà de 90 % et que la situation sanitaire y est maîtrisée, Québec pourrait choisir de revenir complètement à la normale.

L’idée d’imposer un passeport vaccinal à 100 % – élèves et étudiants vaccinés en présentiel, élèves et étudiants non vaccinés à distance – est simple et attrayante à première vue. Mais le contexte sanitaire ne le justifie pas actuellement. Et on peut espérer de meilleurs résultats avec une approche plus modérée axée sur les privilèges aux élèves et étudiants vaccinés et l’accès à la vaccination à l’école.

Il n’y aura pas de plan parfait. Mais Québec doit offrir aux élèves et étudiants, aux parents, aux profs et au milieu de l’éducation un plan clair, prévisible, et qui peut s’adapter selon la situation sanitaire.

Et surtout, un plan qui reconnaît à la fois l’effort réalisé par les élèves et étudiants vaccinés pour retrouver leur vie normale et le droit à l’éducation de tous.

1. On peut supposer que les personnes ayant reçu leur première dose recevront leur deuxième après quatre semaines.