Il est minuit moins une pour l’immunité collective, et l’accès gratuit et facile au vaccin ne suffit plus. Le gouvernement a donc choisi un moyen ludique et léger pour redonner au lièvre son erre d’aller. Sera-t-il suffisant ?

Voilà donc que dans la même semaine, Loto-Québec a laissé tomber son gratteux « Record de chaleur », trop lié à la triste actualité dans l’Ouest du pays, pour une loterie tout aussi dans l’air du temps, mais plus socialement acceptable : le concours vaccinal.

Déjà, cette loterie, organisée par le gouvernement du Québec avec l’aide de la société d’État, s’est mérité le surnom de loto-vaccin ou de loto-COVID. Appelons-la à notre tour la loto-carotte.

Alors qu’en France, le gouvernement vient de sortir le bâton pour pousser les travailleurs de la santé, les retardataires et les réfractaires à aller se faire vacciner, au Québec, l’approche est plutôt à la carotte.

Au lieu de leur tordre le bras, on veut encourager les Québécois qui tardent à aller se chercher une première ou une deuxième dose à presser le pas jusqu’à un centre de vaccination pour recevoir les deux doses avant le 3 septembre. Par la bande, tous ceux qui sont déjà vaccinés peuvent aussi s’inscrire au concours. C’est ludique et léger comme l’été en zone verte.

Mais est-ce que ça fonctionnera ? Là est la question !

On le sait, la campagne de vaccination a commencé en lion au Québec. Tel le lièvre, la province est partie en trombe pour obtenir sa première dose. Vendredi, le ministre Dubé notait que plus de 82 % de la population apte à se faire vacciner a reçu cette première injection. Mais comme dans la fable de La Fontaine, le lièvre semble s’être fait distraire par les fleurs sur le bord de la route des vacances. En date d’hier, le Québec est maintenant au sixième rang des provinces alors que 45,3 % des Québécois de 12 ans et plus sont pleinement vaccinés. Nous avons été dépassés par d’autres provinces qui ont commencé en tortue, comme l’Alberta, qui est à 48,4 %, et l’Ontario, qui a dépassé le cap du 50 %. La France compte 54 % d’adultes pleinement vaccinés.

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Qu’est-ce qui s’est passé chez nous ? Les experts n’ont pas de réponse toute faite. Il y a eu quelques ratés dans Clic Santé au moment de rapprocher les dates de vaccination. Le Québec a un peu tardé à faire passer l’intervalle entre deux doses de 16 semaines à 8 semaines, puis à 28 jours. Le fait que le Québec ait échappé à la troisième vague a rendu l’urgence moins criante pour certains. Le déconfinement et la vie sociale retrouvée ont monté à la tête de plusieurs autres comme une bulle de champagne.

Il y a aussi de véritables récalcitrants, dont les réticences ont des retombées collectives. Radio-Canada a révélé vendredi que 6000 travailleurs de la santé, qui ne veulent pas recevoir le vaccin, sont payés, souvent en heures supplémentaires, pour aller se faire tester trois fois par semaine. Même si ça ne touche que 10 % des effectifs de la santé, c’est franchement dérangeant.

D’autant plus qu’avec le variant Delta qui donne des maux de tête aux autorités sanitaires partout dans le monde, ce n’est pas le temps de faire une sieste dans les champs. Si nous voulons atteindre l’immunité collective pour la rentrée, il n’y a plus une seconde à perdre.

Les doses sont disponibles et les centres de vaccination ont les bras grands ouverts.

On ne doit pas oublier que la carotte la plus alléchante en ce moment, c’est la chance de se faire vacciner facilement, rapidement et sans sortir un sou de ses poches alors qu’une grande partie de la population mondiale n’a accès à rien de tout ça. Dans notre contexte, le concours vaccinal, c’est du glaçage sur le gâteau aux carottes. Espérons qu’un grand nombre en prendra une bouchée dans les six semaines qui nous séparent de la fin de l’été.

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Sinon, ce sera le temps de mettre de côté le pot de miel et de sortir le bâton. Jusqu’à maintenant, Ottawa et Québec refusent d’emboîter le pas à la France. Cette dernière rend obligatoire la vaccination du personnel de la santé avant la mi-septembre et élargira dès le 21 juillet l’utilisation du passeport vaccinal. Cette approche ne devrait pas être complètement repoussée d’un revers de main, surtout en constatant que des centaines de milliers de Français se ruent vers les centres de vaccination depuis l’annonce des nouvelles règles.

Au Québec, ce ne serait pas complètement fou de réserver les lieux de divertissement, comme les bars, les évènements sportifs et les grands concerts, à ceux qui ont reçu les deux vaccins à partir de septembre. Et ça aurait certainement un impact direct chez les 18-30 ans qui traînent de la patte dans la vaccination en ce moment au Québec.

Comme le lièvre de La Fontaine, le Québec est parti en force avant de perdre son avance. Si les carottes ne sont pas suffisantes, il faudra s’y prendre autrement pour le faire rebondir.