Le gouvernement du Québec a vendu la mèche lundi : le retour à la normale dans cette deuxième partie de l’épidémie de COVID-19 passera entre autres par un passeport vaccinal.

À partir de septembre – quand les Québécois auront amplement eu la chance de recevoir leurs deux doses –, Québec aurait en effet intérêt à utiliser de façon raisonnable et logique le passeport vaccinal (le code QR), selon l’état de la crise sanitaire.

Il faudra s’y habituer : tant que le vaccin résistera à la COVID-19 et à ses futurs variants, la pandémie se gérera beaucoup en fonction de la vaccination. En cas de quatrième vague, le passeport vaccinal sera un outil de prédilection, car ses avantages collectifs surpassent ses inconvénients individuels. Le ministre de la Santé du Québec Christian Dubé précisera son plan jeudi.

Médicalement parlant, on se retrouvera à l'automne prochain avec deux groupes de personnes : les gens vaccinés, protégés à 95 % contre le virus, et les gens non vaccinés, hautement à risque devant le variant Delta qui devrait normalement atteindre son apogée. Sur le plan de la santé publique, on ne peut pas traiter ces deux groupes de la même façon dans tous les types de circonstances. Ne pas utiliser le passeport vaccinal, ce serait comme forcer tous les Québécois à prendre des Tylenol parce qu’une minorité de personnes ont un vilain mal de tête…

Il ne s’agit pas de « discriminer » à l’égard des non-vaccinés, qui ont le droit de refuser le vaccin en vertu des chartes et du Code civil. Il s’agit d’adapter les règles sanitaires selon le risque que représente la COVID-19 pour les Québécois vaccinés et les Québécois non vaccinés. Et d’éviter de demander des sacrifices inutiles et contre-productifs aux gens vaccinés. On ne veut pas paralyser à nouveau la société.

On l’oublie un peu, mais il s’agit aussi d’arrêter de surcharger le système de santé avec les cas de COVID-19. Pendant la pandémie, environ 32 000 interventions chirurgicales ont été retardées. On ne peut pas permettre indéfiniment que les non-vaccinés retardent indûment les soins de santé prodigués au reste de la population.

On le répète : la preuve de vaccination devra être utilisée de façon raisonnable par la Santé publique, selon l’état de pandémie. Et selon le type d’activités.

Voyages

C’est une certitude et c’est déjà commencé, alors que plusieurs pays demandent une preuve de vaccination et un test négatif peu avant le départ. La levée de la quarantaine au Canada pour les doubles vaccinés, cette semaine, est un bel exemple d’utilisation efficace du passeport vaccinal. Plusieurs pays, dont le Canada, travaillent actuellement à un système de passeport vaccinal international.

Loisirs et services non essentiels

C’est là que le code QR aurait intérêt à être utilisé en priorité. Aller au Centre Bell, au gym et dans un resto bondé ? Ce sont des loisirs, pas un droit fondamental. C’est aussi là que le passeport vaccinal peut être un fort incitatif à la vaccination, notamment chez les moins de 30 ans. En tenant toujours compte de la situation sanitaire, la Santé publique aurait intérêt un jour à utiliser le passeport vaccinal pour autoriser les rassemblements de plus de 3500 personnes (par exemple au Centre Bell) ou de plus de 5000 personnes (par exemple au Festival international de jazz de Montréal).

Écoles

On bondit de plusieurs échelons dans l’échelle des droits fondamentaux : le droit à l’instruction est un droit important garanti par les chartes. On aura intérêt à tenter de trouver le plus possible des accommodements pour les élèves non vaccinés. Mais si la situation sanitaire s’aggrave, des règles sanitaires différentes (comme le port du masque, les cours en présentiel ou à distance) risquent de s’appliquer aux deux groupes. Pour l’instant, on n’en est pas là. Il faut d’abord encourager et faciliter au maximum la vaccination, notamment avec des cliniques mobiles dans les cégeps et les universités dès la rentrée. Mais la complexité du passeport vaccinal ne doit en aucun cas être utilisée comme excuse par les cégeps et les universités pour retarder la rentrée en présentiel des élèves vaccinés.

Travail

La Santé publique devrait tout faire pour éviter d’imposer une preuve de vaccination en milieu de travail. Garder son emploi est un droit fondamental, peu importe sa situation vaccinale. Si la situation sanitaire se détériorait à l'automne, dans 99 % des entreprises, il faudrait plutôt miser sur les accommodements, par exemple le fait de prolonger le télétravail pour les non-vaccinés. Sauf pour certains cas exceptionnels où les autres mesures sanitaires sont difficiles/impossibles à appliquer (par exemple dans une usine de transformation de viande où les éclosions sont fréquentes).

Vous hésitez encore à recevoir ladite piqûre ? Faites-vous vacciner. C’est votre passeport pour le retour à une vie plus normale.

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Note : une infime partie de la population (moins de 1 % des gens) est allergique à l’un des ingrédients du vaccin et ne peut donc pas recevoir le vaccin. Il faudra prévoir une exception/autorisation spéciale afin que ces très rares personnes allergiques aient les mêmes droits que les personnes vaccinées.