Tout au long de l’été, l’équipe éditoriale de La Presse part à la recherche de façons de réinventer la santé.

La nécessité est la mère des inventions. Toutes les crises, toutes les guerres nous l’ont prouvé.

Pour nourrir les troupes au combat, on a inventé les conserves durant les guerres napoléoniennes, les sachets de thé lors de la Première Guerre mondiale et les bonbons M&M qui ne collent pas aux doigts lors de la Seconde Guerre mondiale !

Quant au papier collant, il a fait fureur durant la Grande Dépression alors que les ménages fauchés étaient forcés de rafistoler leurs biens au lieu de les remplacer. Et l’ampoule fluocompacte est apparue dans la foulée de la crise du pétrole pour aider les gens à réduire leur facture d’énergie.

De la même manière, notre combat contre la COVID-19 doit être un incubateur qui nous permettra de nous réinventer.

Si la pandémie a exposé au grand jour les failles de notre système de santé, elle a aussi démontré qu’on peut modifier radicalement nos façons de faire. Pensez seulement au recours à la télémédecine, qui doit absolument s’ancrer dans notre système de santé.

C’est dans cet esprit que l’équipe éditoriale de La Presse explorera, tout au long de l’été, différentes façons de réinventer la santé dans le cadre d’une série de textes publiés les dimanches.

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Disons-le clairement : revenir en arrière n’est pas une option. Avant la crise, le système de santé, qui accapare 40 % du budget de la province, était déjà engagé sur une trajectoire insoutenable en raison du vieillissement de la population.

D’ici 40 ans, le groupe des 85 ans et plus aura plus que triplé. Or, les dépenses liées à la santé augmentent de manière exponentielle avec l’âge. Jusqu’à 50 ans, elles restent inférieures à 3000 $ par année, par habitant. Mais elles touchent presque 30 000 $ chez les 90 ans et plus.

Face à ce tsunami gris, le budget de la santé du Québec est donc appelé à augmenter de près de 5 % par année d’ici 20 ans. À ce rythme, on s’en va droit dans le mur.

Le gouvernement risque de ne pas être en mesure de maintenir les services actuels (qui auraient pourtant besoin d’être améliorés), à moins d’augmenter les impôts, déjà élevés, ou de faire des déficits à répétition, ce qui n’est pas soutenable à long terme, comme l’a constaté une récente étude de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

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Évidemment, Ottawa devrait contribuer davantage. Contrairement à celles des provinces, ses finances sont soutenables à long terme, confirme le Directeur parlementaire du budget.

En ce moment, le fédéral augmente ses transferts en santé de seulement 3 % par année, soit moins que la hausse des coûts dont écopent les provinces. C’est pourquoi la part de la facture des soins de santé assumée par Ottawa a rétréci comme une peau de chagrin avec les années.

Aucun doute, il y a du rattrapage à faire.

Mais pour le contribuable, que ce soit Ottawa ou Québec qui paie la note, l’argent provient toujours de la même poche. Il faut donc trouver des solutions pour éviter que la facture étouffe les prochaines générations. C’est une question d’équité.

Mais l’affaire n’est pas simple.

Contrôler les salaires ? Ce ne sera pas aisé avec la pénurie de main-d’œuvre.

Faire payer une part de la note aux patients ? Cela pose des problèmes d’équité pour les moins nantis.

Avoir davantage recours au privé ? Encore faut-il que ce soit bien encadré.

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Sinon quoi ?

En jouant la carte de la prévention, on peut réduire les coûts tout en améliorant la qualité de vie de la population, qui vit de plus en plus longtemps, mais qui a malheureusement davantage de maladies chroniques, comme le diabète ou l’hypertension.

À ce chapitre, une taxe sur le sucre raffiné aurait le double avantage d’alimenter les coffres de l’État, tout en luttant contre l’obésité, ce qui permettrait de réduire les coûts pour le système de santé.

Il faut aussi miser sur les données. C’est le passe-partout qui permettra d’améliorer la productivité et de discerner les économies potentielles. Pour l’instant, on travaille en silo dans le réseau québécois de la santé. Chacun a sa base de données, chacun a sa chasse gardée qu’il rechigne à partager. Car l’information, c’est le pouvoir.

À l’échelle canadienne, ce n’est guère mieux. La courtepointe de systèmes différents d’une province à l’autre a empêché d’avoir une image nationale claire de l’évolution de la COVID-19, a récemment déploré un comité consultatif d’experts du fédéral.

Pourtant, une analyse fine des données sur la santé permettrait de dégager des économies. On le voit, par exemple, du côté des soins de longue durée. Une étude toute fraîche de la Chaire de recherche sur les enjeux économiques intergénérationnels démontre qu’on pourrait épargner des milliards de dollars en prenant le virage du maintien à domicile, tout en améliorant les services offerts.

Allons-y !

N’ayons pas peur d’innover. On ne peut pas rafistoler notre système de santé avec du papier collant. Il faut des réformes durables et en profondeur.