Vous n’engageriez jamais un prof de planche à voile qui peine à se tenir debout sur sa planche. Et bonne chance pour devenir un chef accompli si vous êtes l’apprenti d’un cuistot incapable de préparer une sauce.

Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse

Voilà pourquoi il faut s’alarmer de voir nos futurs enseignants échouer si massivement à leur examen de français obligatoire. Nos collègues Louise Leduc, Marie-Eve Morasse et William Leclerc nous apprenaient récemment que dans certaines universités, à peine 30 % des étudiants en enseignement primaire et secondaire réussissent ce test du premier coup.

Certains d’entre eux reprennent l’examen jusqu’à… 15 fois avant de le réussir.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Nos collègues Louise Leduc, Marie-Eve Morasse et William Leclerc nous apprenaient récemment que dans certaines universités, à peine 30 % des étudiants en enseignement primaire et secondaire réussissent ce test du premier coup.

Ce genre de nouvelle cause moins d’indignation que la fermeture d’un pont rongé par la corrosion. Elle devrait pourtant nous inquiéter au moins autant.

Des profs faibles ne peuvent que former des élèves faibles. Si ceux-ci deviennent profs à leur tour, on crée un cercle vicieux dont il est difficile de s’extirper. Au moment où on parle de la défense du français au Québec, l’enjeu est capital.

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Les questions exactes du test que passent les futurs enseignants sont un secret aussi bien gardé que celui entourant les codes nucléaires. C’est compréhensible : le Centre d’évaluation du rendement en français écrit (CÉFRANC) qui gère l’épreuve doit en assurer la confidentialité.

On entend beaucoup que ce test est trop difficile. Il est impossible d’en juger sans le voir, mais des experts le revoient régulièrement et l’estiment correct. Les exemples de questions publiés sur le site du CÉFRANC portent aussi à croire qu’il vérifie des notions de base.

Lisez des exemples de questions

Blâmer le test, de toute façon, est un mauvais réflexe. Même s’il est difficile, les étudiants ont accès à des guides préparatoires. Et ce ne serait pas la première fois que des examens universitaires contiennent quelques pièges et vont au-delà des connaissances qui servent réellement dans l’exercice d’une profession.

Sans compter que les signaux d’alarme ne viennent pas de ce seul test. Encore vendredi, dans Le Devoir, des enseignants du collégial dénonçaient le fait qu’on « diplôme des analphabètes fonctionnels ».

Odette Gagnon, directrice du Centre de la communication orale et écrite à l’Université du Québec à Chicoutimi, parle quant à elle de futurs enseignants qui écrivent « je comprend » ou « tout les jours ».

C’est troublant – même s’il faut évidemment rappeler qu’il y a aussi d’excellents professeurs dans nos écoles.

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Une fois qu’on s’entend sur l’existence du problème, il faut des solutions.

Égide Royer, chercheur en éducation à l’Université Laval, en a plein son sac. Il propose de créer un profil en enseignement au cégep comprenant au moins quatre cours obligatoires, dont des cours de français. Il croit aussi que l’examen de français devrait être une condition d’admission au programme universitaire.

Évidemment, rehausser la barre pour les futurs profs alors même qu’ils sont en grave pénurie représente tout un casse-tête. Mais à moyen terme, peut-on se permettre de faire autrement ?

D’autres experts estiment que c’est tout l’enseignement du français, de la maternelle au cégep, qui est à revoir. Cela ne bénéficierait pas qu’aux futurs enseignants, mais à tous les élèves.

L’ex-ministre de l’Éducation Sébastien Proulx a déjà proposé la création d’un Institut national d’excellence en éducation, à l’image de l’Institut national en santé et services sociaux (INESSS). L’idée : s’assurer que nos méthodes d’enseignement reposent sur des données probantes. L’Institut éplucherait les nombreuses études, évaluerait lesquelles sont applicables dans le réseau et établirait des priorités.

Cette idée, malheureusement abandonnée, mérite d’être ravivée.

Le gouvernement Legault vient de bonifier grandement les conditions de travail des enseignants, une excellente initiative qui contribuera à attirer plus de candidats de qualité dans la profession.

Pourquoi ne pas profiter de ce moment où on en donne plus aux profs pour rehausser les exigences ?