Aujourd’hui, dimanche, après des jours d’obstruction américaine, le Conseil de sécurité des Nations unies doit se rencontrer pour parler de la situation en Israël et dans les territoires palestiniens. Ce n’est pas trop tôt.

Laura-Julie Perreault
Laura-Julie Perreault La Presse

La situation est extrêmement préoccupante et il est plus que temps que les poids lourds de la communauté internationale s’assoient ensemble pour essayer de dégager un message commun.

Malheureusement, cet exercice sera vain si le Conseil de sécurité se limite à la violence armée la plus éclatante qui est apparue sur nos écrans de télévision cette semaine.

Oui, il est déplorable que le Hamas fasse pleuvoir des roquettes sur Israël depuis plusieurs jours, obligeant des centaines de milliers de personnes à trouver refuge dans des abris. De nombreux Israéliens ont été blessés, au moins dix tués, dont une femme qui a été happée alors qu’elle entrait dans un abri.

Et oui, il est tout aussi inquiétant qu’Israël réponde avec des bombardements nourris sur Gaza à partir des airs, mais aussi grâce à son armée terrestre. En date de samedi, au moins 157 Palestiniens ont perdu la vie, dont une quarantaine d’enfants. Samedi, le bombardement d’un édifice abritant les médias à Gaza a semé la consternation.

Tout ça doit cesser le plus rapidement possible. On a déjà vu ce genre d’échanges destructeurs et inégaux dans le passé et ça ne donne rien de bon. Les civils, tantôt tués, tantôt blessés, tantôt privés d’un toit, tantôt traumatisés, payent la note.

Mais de l’aveu même du premier ministre d’Israël, Benyamin Nétanyahou, la véritable inquiétude est ailleurs. À l’intérieur des frontières d’Israël, où une vague de violence intercommunale est en train de déferler. Des citoyens israéliens s’en prennent à d’autres.

Des groupes d’enragés – certains juifs, certains arabes – se promènent dans les rues de plusieurs villes d’Israël à la recherche de victimes du groupe opposé. Une femme enceinte arabe a été attaquée. Un enseignant juif aussi. Plusieurs scènes de lynchage se sont retrouvées sur les réseaux sociaux. Des scènes de manifestations dans lesquelles des hordes de manifestants juifs d’extrême droite crient « Mort aux Arabes ». La peur s’installe quand la nuit tombe.

Dans les dernières semaines, c’est la menace d’éviction de familles palestiniennes du quartier de Cheikh Jarrah de Jérusalem-Est pour faire place à des familles juives qui a notamment mis le feu aux poudres. Ça et les vifs affrontements entre des groupes palestiniens et la police israélienne qui a durement réprimé des manifestations autour de la mosquée Al-Aqsa.

PHOTO AHMAD GHARABLI, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Une femme regarde les dégâts causés par des affrontements entre des juifs et des arabes, à Lod, près de Tel-Aviv.

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L’explosion de haine entre citoyens israéliens est beaucoup plus difficile à circonscrire dans un énoncé du Conseil de sécurité que les échanges de tirs. Pour la comprendre, pour y trouver des solutions, il faut accepter de s’intéresser aux maintes plaies qu’ont ouvertes des décennies de conflit et d’occupation. La crainte des Israéliens juifs de voir leur pays disparaître et la dépossession des Palestiniens.

Pas plus tard que le 27 avril dernier, juste avant la flambée de violence qui fait les manchettes internationales, l’organisation Human Rights Watch a publié un rapport dévastateur à l’égard de la discrimination que vivent les citoyens arabes d’Israël – ils représentent près de 20 % de la population – ainsi que les Palestiniens des territoires occupés aux mains des autorités israéliennes. L’organisation de défense des droits conclut que sur certains aspects, les « privations [de droits] sont tellement sévères qu’elles équivalent à des crimes contre l’humanité d’apartheid et de persécution ». La Cour pénale internationale a d’ailleurs annoncé en mars qu’elle enquête sur ces mêmes allégations.

> Lisez le rapport de Human Rights Watch

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Pendant la présidence de Donald Trump, le gouvernement de Benyamin Nétanyahou n’a pas eu à s’inquiéter de l’opprobre international. L’administration du 45e président américain lui a donné tout ce qu’il voulait sur un plateau d’argent, y compris l’ouverture de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, un coup dur pour les Palestiniens.

Au cours des dernières années, le rythme de la colonisation juive des territoires palestiniens – souvent au détriment du droit international – s’est accéléré.

La situation politique dans les territoires palestiniens, elle, s’est enlisée. Tant l’Autorité palestinienne, qui contrôle la Cisjordanie, que le Hamas, à Gaza, ont durement réprimé leur opposition, détenant arbitrairement plusieurs de leurs critiques.

Pendant ce temps, le monde regardait ailleurs.

Les bombes et la désolation des derniers jours nous ont tous tirés de l’indifférence. Mais pour que la communauté internationale joue un rôle vraiment constructif, elle devra regarder bien au-delà des échanges de feu. Elle devra remettre au cœur de ses préoccupations les droits des femmes, des hommes et des enfants de la région, qu’ils soient juifs, musulmans, druzes, chrétiens, citoyens d’Israël ou non. Et elle devra demander des comptes. À Israël autant qu’aux autorités palestiniennes.