De grâce, que les néo-démocrates et les conservateurs cessent d’en faire un plat. Il faut que Justin Trudeau se rende au Sommet du G7 qui se tiendra au Royaume-Uni dans un mois.

Stéphanie Grammond
Stéphanie Grammond La Presse

Il s’agit du premier grand rendez-vous de sortie de pandémie de ce groupe sélect des pays les plus industrialisés, du premier sommet auquel participera le nouveau président des États-Unis, Joe Biden, ce qui mettra la table à un nouvel alignement mondial.

Tous les leaders des autres pays — la France, l’Italie, l’Allemagne et le Japon — ont déjà confirmé leur présence. Il serait absurde que Justin Trudeau reste tout seul à Rideau Cottage.

Mais pour l’instant, il laisse planer le mystère, déchiré entre les intérêts diplomatiques du Canada et les intérêts politiques du Parti libéral qui fourbit ses armes en vue de la prochaine campagne électorale.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Avant de décider de faire ses valises, on comprend que le premier ministre ait l’œil sur l’évolution de la pandémie en Ontario, où l’armée et la Croix-Rouge ont été appelées en renfort tandis que la population a l’ordre de rester à domicile.

Le premier ministre ontarien Doug Ford, qui se trouve au plus mal dans l’opinion publique, tente sans trop de succès de redorer son image en jetant la pierre à Ottawa. Il réclame notamment du fédéral la fermeture complète des frontières ainsi que de l’aéroport Pearson de Toronto.

Si Justin Trudeau se rend au G7, vous pensez bien que Doug Ford ne sera pas tendre envers le premier ministre qui a besoin de tout son capital politique auprès des électeurs ontariens s’il veut obtenir une majorité aux prochaines élections.

On peut aussi imaginer que la participation de Justin Trudeau au G7 continuera d’alimenter les critiques à la Chambre des communes, où seul le Bloc québécois a mis la partisanerie de côté et agi en adulte en se disant favorable au voyage.

Mais le reste de l’opposition risque de claironner : pourquoi Justin Trudeau se rendrait-il dans la ville côtière de Carbis Bay, dans les Cornouailles, où aura lieu la rencontre du 11 au 13 juin, alors que lui-même interdit aux Canadiens de voyager ?

Réponse courte : le Sommet du G7 n’est pas un tout-inclus au soleil. Justin Trudeau ne va pas là pour boire tranquillement une bière dans un pub.

Il est vrai que l’Agence de la santé publique du Canada continue de recommander aux voyageurs d’éviter tout voyage non essentiel à l’extérieur du pays. Et les politiciens qui n’ont pas suivi cette directive l’ont payé très cher.

Au Québec, le député Pierre Arcand a perdu ses responsabilités de porte-parole pour la Métropole et en matière de transports au sein du Parti libéral après avoir passé les Fêtes à la Barbade. En Ontario, le ministre des Finances, Rod Phillips, a été forcé de démissionner à cause d’un voyage d’agrément dans les Caraïbes.

Mais ne mélangeons pas les choses. La participation de Justin Trudeau au G7 n’est pas un voyage d’agrément. C’est plutôt un incontournable pour le Canada.

On y parlera notamment de la réponse à fournir à la COVID-19 pour s’assurer que tous les pays aient accès aux vaccins.

Il sera aussi question de la relance économique qui suivra la pandémie et qui devra tenir compte des changements climatiques.

Les alliés discuteront également du positionnement à prendre face à la Chine. Il serait malheureux que le Canada ne fasse pas partie de la conversation, alors que les Chinois détiennent deux de ses citoyens, les « deux Michael », de manière arbitraire.

Dans ces grandes rencontres, le jeu de coulisse est plus important que les grands communiqués qui sont souvent préparés d’avance. Justin Trudeau doit y être en personne.

Il ne s’agit pas d’un passe-droit, mais plutôt d’un devoir.

À son retour au pays, la délégation canadienne n’aura qu’à suivre les règles sanitaires : tests, séjour à l’hôtel et quarantaine. Exactement les mêmes règles que pour le commun des mortels.