« J’y vais pour changer les choses. » C’est habituellement la motivation avancée par ceux et celles qui font le saut en politique.

Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse

Il est indéniable que nos élus prennent quotidiennement des décisions qui transforment la société. Mais il arrive aussi que les politiciens aient moins envie de brasser la cage. Parce que c’est compliqué. Que c’est politiquement explosif. Ou que le statu quo fait leur affaire.

Chaque fois, il faut le dénoncer. Parce que les élus brisent ainsi leurs engagements et abdiquent leurs responsabilités.

L’actualité récente fournit des exemples probants d’inaction, chacun accompagné de justifications plus ou moins convaincantes. Petit guide des trucs utilisés pour botter en touche au lieu de gouverner.

Documenter (encore) les problèmes au lieu de les régler

Un scandale n’arrive jamais seul. En janvier, Art McDonald a succédé à Jonathan Vance comme chef d’état-major des Forces armées canadiennes. Aujourd’hui, les deux officiers de haut rang de l’armée sont visés par des allégations d’inconduite sexuelle.

C’est troublant… mais pas terriblement surprenant. En 2014, les journalistes Noémi Mercier et Alec Castonguay ont publié un dossier-choc montrant que cinq personnes étaient agressées sexuellement dans l’armée… chaque jour.

L’année suivante, l’ex-juge de la Cour suprême Marie Deschamps a publié un rapport exhaustif qui décrivait une « culture sous-jacente de sexualisation » dans l’armée. Elle offrait carrément un manuel d’instructions au gouvernement pour qu’il réforme son armée. Mais le rapport est demeuré sur la proverbiale tablette et la situation ne s’est pas réglée.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

« Dans le cas de la réglementation des armes de poing, le gouvernement Trudeau s’est complètement désisté des responsabilités qui lui incombent », écrit notre éditorialiste.

La semaine dernière, Justin Trudeau a été forcé de réagir. Mais au lieu de prendre (enfin) le taureau par les cornes, il a plutôt commandé… un autre rapport. Un truc vieux comme le monde destiné à montrer qu’on se préoccupe d’un enjeu tout en restant dans le confort de l’inaction.

Nul doute que l’examen que fera l’ancienne haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies Louise Arbour ira en profondeur. Il reste qu’on n’avait aucunement besoin de ça pour commencer à agir. Les victimes de ce laxisme sont les femmes (en majorité) qui subissent encore des agressions au sein d’une institution directement sous la responsabilité du gouvernement fédéral.

>(Re)lisez l’un de nos éditoriaux sur le sujet

Faire le mort jusqu’à ce qu’il soit trop tard

Croyez-vous encore que nous irons aux urnes un jour selon un système qui accorde plus de poids à chacun de nos votes ? Tant Justin Trudeau que François Legault ont promis une réforme du mode de scrutin. Et ils ont tous deux préféré regarder passer le train.

La CAQ semblait pourtant sérieuse. En 2018, elle s’était engagée à une réforme avec le Parti québécois, Québec solidaire et le Parti vert. Le système uninominal à un tour devait être abandonné « à cause des accrocs démocratiques qu’il génère quant à la représentation citoyenne équitable », affirmait le document signé par François Legault.

Nous avons une ministre « de la Réforme électorale », Sonia Lebel. Le gouvernement a déposé un projet de loi. Sauf qu’il ne l’a jamais mis à l’agenda pour qu’il soit étudié par l’Assemblée nationale.

La semaine dernière, le gouvernement a fini par admettre qu’il était trop tard et que rien ne serait fait d’ici les prochaines élections.

Oui, vous avez raison d’être cynique. Le système actuel, qui a favorisé l’élection de la CAQ et des libéraux fédéraux, reste donc en place. Dans les deux cas, il s’agit du non-respect d’un engagement dans lequel l’intérêt du parti au pouvoir a primé sur celui des citoyens.

Refiler la patate chaude aux autres

Voilà un truc plus original. Les différents ordres de gouvernement se chamaillent habituellement pour avoir le droit d’agir dans ce qu’ils perçoivent comme leurs champs de compétence. Mais dans le cas de la réglementation des armes de poing, le gouvernement Trudeau s’est complètement désisté des responsabilités qui lui incombent. Pris avec une patate chaude politique, il a tenté de la refiler aux villes, puis aux provinces. Un non-sens que nous avons déjà dénoncé.

>(Re)lisez notre éditorial à ce sujet

À Québec, la CAQ est un gouvernement d’action, il faut bien le reconnaître. Mais parmi les autres dossiers qui suscitent des questions sur leur avancement, relevons la réforme du droit familial, la révision des lois sur le statut de l’artiste et la protection d’aires protégées dans le sud de la province.

Oui, la pandémie occupe nos élus. Mais elle ne peut pas non plus éclipser leurs autres responsabilités.