Des hordes de télétravailleurs épuisés par le confinement qui se précipitent du jour au lendemain au parc, encore habillés en « mou », pour s’embrasser et célébrer la fin de la pandémie.

Stéphanie Grammond
Stéphanie Grammond La Presse

La scène – tirée d’une hilarante publicité de gomme à mâcher – traduit à merveille notre soif de liberté1. Alors que la campagne de vaccination avance, on se prend tous à rêver à ce moment béni où l’on pourra célébrer la fin de la guerre contre la COVID-19.

Mais l’armistice n’aura pas lieu du jour au lendemain. Il n’y aura pas de foule en liesse dans la rue pour fêter la victoire avec un grand V. Non, la route vers la vie normale sera progressive.

Pour donner espoir à la population – et encourager les plus hésitants à relever leur manche –, le moment est venu de fournir aux Québécois une carte routière vers la liberté.

C’est exactement ce qu’a fait cette semaine la Saskatchewan, seule province dont la campagne de vaccination est légèrement plus avancée que celle du Québec.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Un calendrier de déconfinement permettrait de démontrer clairement que la vaccination est la clé qui permettra de revoir ses proches et de profiter de l’été, écrit Stéphanie Grammond.

Son plan de déconfinement en trois phases a le grand mérite de fixer des dates précises pour la levée de différentes mesures sanitaires en fonction de l’atteinte de cibles de vaccination. Par exemple, la première phase prévoit que trois semaines après que 70 % des personnes de 40 ans et plus auront reçu leur première dose, on pourra ouvrir les bars et les restaurants aux groupes de six personnes et permettre les rassemblements privés de dix personnes. Tout ça devrait survenir à la fin de mai. Si tout va bien…

Cet exercice de communication a tellement plu au premier ministre François Legault qu’il a lancé « Je veux la même chose ! » en mêlée de presse, jeudi.

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Il peut sembler hasardeux de parler de déconfinement alors que le nombre de cas enregistrés au Canada reste tout près d’un record. L’Ontario vient d’appeler l’armée en renfort et l’Alberta est le pire foyer d’éclosion en Amérique du Nord.

Mais au Québec, plus de 40 % de la population est maintenant vaccinée. Les vaccins sont là. Les rendez-vous sont fixés. Les cliniques roulent à fond. Jeudi, un record de 102 700 doses ont été injectées, un beau succès de logistique et de participation du public qui nous fait oublier la malheureuse marche antivaccin du week-end dernier.

Chapeau à tous !

À ce rythme, la moitié de la population du Québec sera vaccinée d’ici quelques jours, le seuil où se trouvait le Royaume-Uni lorsque les sujets de la Reine ont recommencé à aller au pub prendre une pinte de bière, à la mi-avril.

La troisième vague ? Ils ne l’ont jamais vue.

La preuve est donc faite que la vaccination est le moteur vers la vraie vie. Mais ça ne peut être le seul élément sur le tableau de bord.

Si le Québec est mûr pour un plan de déconfinement à la sauce saskatchewanaise, une stratégie applicable à la grandeur de la province, fondée uniquement sur le taux de vaccination, paraît trop simpliste.

Il faudra notamment tenir compte du respect des mesures sanitaires par la population qui fait en sorte que, à vaccination égale, la transmission est plus forte dans certaines zones du Québec, comme la région de Lac-Mégantic (MRC du Granit) en ce moment.

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Bien sûr, pour un gouvernement, il y a toujours un risque de créer de faux espoirs en fixant un calendrier de déconfinement qui pourrait déraper. Mais un tel outil aurait l’avantage de démontrer clairement que la vaccination est la clé qui permettra d’ouvrir les services, de revoir ses proches et de profiter de l’été.

À cet égard, la publicité lancée cette semaine par Québec, où l’on voit une jeune femme sauter au cou de sa mère, est un pas dans la bonne direction2. Mais un plan de déconfinement aurait encore plus de poids. Il donnerait aussi une visibilité cruciale dans bien des secteurs où on ne sait pas sur quel pied danser.

Cette semaine, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, réclamait justement la réouverture des terrasses le 1er juin. Mais pour que ça marche, les restaurateurs ne doivent pas l’apprendre à la dernière seconde. Comment feront-ils pour embaucher du personnel, si les étudiants ont déjà trouvé un autre emploi d’été ?

Parlant des étudiants, Québec devrait aussi en profiter pour mettre la pédale au fond pour la prochaine rentrée dans les cégeps et les universités.

Il y a quelques semaines, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, prévoyait que les établissements pourraient accueillir 60 % des étudiants lors de la session d’automne, reportant le retour à la normale à 2022.

C’est trop loin ! On ne veut pas que les jeunes passent pratiquement deux ans à suivre leurs cours en ligne par Zoom dans leur chambre.

Maintenant qu’on sait qu’ils pourront tous être vaccinés pour la rentrée, il faut tout faire pour que les campus soient ouverts. Et pas qu’à moitié.

L’espoir d’une rentrée en chair et en os, avec des amis et des activités parascolaires, encouragerait certainement les jeunes – peut-être moins inquiets d’attraper la COVID-19 – à recevoir leur vaccin.

1. Regardez la publicité d’Extra (en anglais)

2. Regardez la publicité du gouvernement du Québec