À Chicago, le parc Grant est prisé des promeneurs et des joggeurs. Mais quand le mythique festival Lollapalooza y débarque, l’endroit devient le centre du monde pour les mélomanes le temps d’un week-end.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

À Québec, les plaines d’Abraham accueillent autant des pique-niques l’été que du ski de fond l’hiver. Mais quand Paul McCartney, Roger Waters ou les Foo Fighters sont en ville, on peut y entasser plus de 200 000 personnes et créer l’évènement.

Qu’on soit incapable d’avoir la même vision à Montréal pour le parc Jean-Drapeau dépasse l’entendement.

Mercredi, la mairesse Valérie Plante a présenté son plan d’aménagement pour ce joyau de la métropole situé en plein fleuve. Le résultat général est enthousiasmant.

C’est sans regret qu’on verra les marteaux-piqueurs défoncer les infâmes stationnements qui défigurent l’endroit. Et les promenades, pistes cyclables et espaces verts qui les remplaceront paraissent magnifiques. Ils pourraient représenter l’un des grands legs de Mme Plante à sa ville.

Sauf qu’il y a un os dans ce plan de près de 1 milliard de dollars, et il est gros. Notre collègue Vincent Brousseau-Pouliot nous apprend qu’il amputera la superficie disponible pour le festival Osheaga du quart. Cela obligerait le promoteur à présenter ses spectacles sur quatre scènes au lieu de six et donc à revoir son modèle d’affaires.

Mécontent, le groupe CH qui est derrière Osheaga menace maintenant de déménager ses pénates à Laval, à Oka ou au Mont-Tremblant.

Personne n’a intérêt à ce qu’on en arrive là.

Le Groupe CH sait pertinemment qu’une grande partie de la magie de son festival, qui est apprécié autant des Montréalais et des touristes que des artistes, repose sur le magnifique site qu’il occupe.

On y est à une station de Berri-UQAM, la plaque tournante de notre réseau de transport. Mais on y est aussi complètement ailleurs, dans un cadre enchanteur où l’on peut se reposer à l’ombre d’un arbre entre deux concerts. Bonne chance pour retrouver ça dans une autre ville.

De son côté, Montréal perdrait gros si Osheaga quittait les lieux. Il y a évidemment la vingtaine de millions de retombées économiques qu’entraîne ce festival dont la majorité des spectateurs proviennent de l’extérieur du Québec.

Mais il y a surtout le fait que Montréal est une ville de festivals. Et que depuis que Ben Harper, Sonic Youth, The Flaming Lips et autres Malajube ont électrisé les spectateurs au parc Jean-Drapeau en 2006, Osheaga fait partie de ce qui définit un été dans la métropole québécoise.

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Convenons qu’Osheaga a reçu beaucoup depuis son arrivée dans le paysage montréalais. Beaucoup trop. Projet Montréal, le parti de Valérie Plante, s’était indigné – avec raison – d’un « massacre à la tronçonneuse » quand l’ancien maire Denis Coderre avait rasé 1000 arbres matures pour construire un amphithéâtre en plein air de 30 millions à même les fonds publics dans le parc Jean-Drapeau.

Un amphithéâtre… sur mesure pour les besoins d’Osheaga. Mais ce n’est pas parce que Denis Coderre a erré en donnant la lune au Groupe CH qu’il faut aller à l’autre extrême et mettre des bâtons dans les roues de ce festival bien établi.

Personne ne demande que la fête et la musique prennent toute la place au parc Jean-Drapeau. Mais il y aurait certainement moyen de planifier des espaces multifonctions qui peuvent servir aux festivals pendant des périodes circonscrites, et pour d’autres activités le reste du temps. Tout comme les plaines d’Abraham ne se résument pas au Festival d’été de Québec.

De son côté, Osheaga devra se demander comment il peut minimiser son empreinte – tant en superficie qu’en nombre de jours pendant lesquels ses installations sont érigées – dans ce site exceptionnel convoité pour toutes sortes d’usages. Et réaliser que sa taille modeste par rapport aux Coachella et autres grands festivals américains fait aussi partie de son charme.