Lors de la dernière campagne électorale, la Coalition avenir Québec avait promis de réduire de 20 % l’immigration avec le slogan : « En prendre moins, mais en prendre soin ». Sauf qu’aujourd’hui, plus que jamais, il manque de bras pour prendre soin de la population.

Publié le 3 avr. 2021
Stéphanie Grammond
Stéphanie Grammond La Presse

Il manque d’infirmières dans les hôpitaux, d’éducatrices dans les services de garde, de psychologues dans les CLSC. Et ne parlons pas de l’industrie de la construction où il faut se fendre en quatre pour dénicher un travailleur.

PHOTO OLIVIER JEAN, LAPRESSE

« Pour résoudre les enjeux de pénurie de main-d’œuvre, il faut favoriser davantage les immigrants ayant une formation technique », écrit notre éditorialiste en chef.

C’est bien simple, il manque d’immigrants pour contrer la pénurie de main-d’œuvre qui va s’intensifier au Québec, pour faire tourner notre économie et pour remettre à flot nos finances publiques qui ont pris l’eau à cause de la pandémie.

Que voulez-vous, on ne peut pas créer d’emplois s’il n’y a personne pour pourvoir les postes. Et Québec ne le sait que trop bien.

À preuve, dans son récent budget, le gouvernement table sur une création d’emplois anémique, soit environ 17 000 emplois par année après 2023. C’est cinq fois moins que le rythme de croisière des années qui ont précédé la crise de la COVID-19.

On comprend donc l’opposition et le patronat qui réclament une hausse des seuils d’immigration.

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Après son arrivée au pouvoir, la CAQ a réduit de 50 000 à 40 000 le nombre d’immigrants que le Québec accueille chaque année. Pour 2020, le gouvernement tablait sur 45 000 personnes. Mais à cause de la pandémie, seulement 25 000 ont pu déposer leurs valises au Québec.

Québec veut rattraper une partie du retard, mais le goulot d’étranglement est tel que les demandes mettent 27 mois en moyenne à être traitées du côté fédéral, apprenait-on cette semaine. C’est quatre fois plus long que le délai de traitement pour les demandes des autres provinces.

Déplorable. À bout de patience, les candidats les plus prometteurs risquent de se tourner vers des terres d’accueil plus efficaces.

Il faut reprendre le temps perdu.

Pour que le Québec conserve son poids démographique et politique au sein du Canada, il devrait accueillir au moins 70 000 immigrants par année. Veut-on aller jusque-là ? À voir.

Pour sa part, le Canada a des cibles encore plus ambitieuses, toutes proportions gardées, puisqu’il souhaite accueillir plus de 400 000 immigrants par année à partir de 2021, ce qui représente plus de 1 % de sa population.

Et cette semaine, l’ancien premier ministre du Canada Brian Mulroney à lancé l’idée de pratiquement tripler l’immigration pour que la population du Canada atteigne 100 millions d’habitants d’ici la fin du siècle !

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Mais au-delà du nombre, il faut aussi revoir le type d’immigrants qui s’installent au Québec.

Pour résoudre les enjeux de pénurie de main-d’œuvre, il faut favoriser davantage les immigrants ayant une formation technique. En ce moment, la moitié des immigrants ont un diplôme universitaire, mais beaucoup n’occupent pas un emploi à la hauteur de leurs compétences.

Il faut aussi augmenter la proportion d’immigrants qui s’installent en région, alors que 90 % d’entre eux font présentement leur nid dans la région de Montréal.

Il faut convaincre de rester au Québec les étudiants étrangers dont l’intégration est bien plus simple, car ils possèdent un diplôme reconnu chez nous et ils ont déjà tissé des liens sociaux à l’école.

Il faut encourager l’entrepreneuriat chez les immigrants qui peuvent, à leur tour, embaucher d’autres immigrants dans leur entreprise et donc créer un cercle vertueux.

Il faut vaincre le protectionnisme des ordres professionnels qui empêche les immigrants d’être reconnus à leur juste valeur. Il faut lutter contre le racisme latent qui fait en sorte que le CV d’un Mohamed est beaucoup plus souvent rejeté que celui d’un Jean-François.

Bref, il faut s’assurer que tous les immigrants, ceux qui sont déjà ici autant que ceux qui viendront s’installer, aient les mêmes chances de succès que tout le monde.

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En intégrant les immigrants de manière optimale, c’est fou l’effet qu’on pourrait avoir sur nos finances publiques, comme le démontre un cahier scientifique du CIRANO.

En fait, le Québec pourrait engranger 7,1 milliards de plus par année. Tiens, tiens, cela permettrait de combler au complet le déficit structurel auquel la province fera face une fois que l’orage de la pandémie sera passé.

Car, ne vous faites pas d’illusion, le déficit ne s’effacera pas tout seul. Et le retour à l’équilibre budgétaire risque d’être plus pénible qu’on pense, même si le ministre des Finances s’est accordé plus de temps pour y parvenir.

L’immigration est un élément crucial pour la pérennité de nos finances. Si on veut des services publics de qualité, il faut des bras pour accomplir le travail et des contribuables pour les financer.

À moins que vous ayez envie de payer davantage d’impôts… Ah non ? Ça se comprend : le Québec est déjà la province où la pression fiscale est la plus forte au Canada.

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