« Merci, mon Dieu, pour la COVID ! », a lancé l’humoriste Dave Chappelle en novembre dernier.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Pourquoi ? Le reste de son monologue à ce sujet lui permet d’atteindre des sommets d’humour noir : « Vous souvenez-vous comment était la vie avant la COVID ? Il y avait une tuerie de masse chaque semaine ! »

PHOTO GEORGE FREY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Magasin d'armes à feu à Orem, en Utah

Certains médias américains ont récemment évoqué cet extrait, dans la foulée des deux tueries de masse ayant fait 18 morts en l’espace d’une semaine chez nos voisins du Sud (huit à Atlanta, en Géorgie, et dix à Boulder, au Colorado).

La pandémie et les diverses mesures sanitaires ont peut-être permis d’éviter pendant plusieurs mois les tueries de cette envergure. Mais le cycle funeste s’est remis en marche.

Des experts ont dit croire que c’est un signe précurseur de ce qui s’annonce.

L’idée n’est donc pas de savoir s’il y aura une autre fusillade de ce genre, mais quand elle se produira.

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D’ailleurs, détrompez-vous si vous pensez que la violence par arme à feu a cessé comme par enchantement aux États-Unis au cours de la dernière année.

C’est le contraire qui est vrai.

Oui, on a vu disparaître – temporairement – les tueries de masse spectaculaires. Mais paradoxalement, le nombre d’Américains tués par une arme à feu, lui, a bondi. En fait, 2020 a pratiquement été une année record : il y en a eu 19 378.

Ça fait plus de 20 ans qu’on n’avait pas vu un bilan aussi atroce. Et en ajoutant les suicides, le total grimpe à 43 534 morts.

Mais ça frappe moins les esprits. La preuve, c’est que les médias américains n’ont pas accordé une grande importance à ces tragédies l’an dernier.

Un homme tire sur deux, trois ou quatre personnes ? C’est quasiment en train de devenir banal. À preuve, des fusillades où quatre personnes ou plus ont été touchées l’an dernier, il y en a eu 611 !

> Consultez les données du site Gun Violence Archive (en anglais)

Et ça non plus, ça ne va pas s’arrêter.

Ce bilan est notamment lié au nombre d’armes à feu en circulation et au laxisme quant à leur réglementation. Et on voit mal comment ça pourrait s’améliorer de façon substantielle à court terme.

Même si Joe Biden a été élu et que les démocrates contrôlent les deux chambres du Congrès américain, leur majorité au Sénat ne semble pas assez confortable pour leur permettre de resserrer les mesures de contrôle des armes à feu.

On parle ici, par exemple, d’améliorer la vérification des antécédents des acheteurs pour boucher les trous dans le processus actuel. Ou d’interdire les armes d’assaut, comme ç’a été le cas au milieu des années 1990.

Presque tous les républicains vont vraisemblablement s’opposer à ces mesures. Certains, simplement parce qu’ils sont persuadés que les soutenir serait politiquement suicidaire.

Le président démocrate voudra alors, vraisemblablement, faire cavalier seul. Comme Barack Obama, il pourra tenter d’imposer certains changements par décret. Mais sa marge de manœuvre, sans l’appui du Congrès, est limitée.

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La folie, on le sait, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent.

Les Américains, en majorité, en sont d’ailleurs convaincus.

Depuis plusieurs années, les sondages révèlent que plus de 50 % d’entre eux (avec un pic de 67 % en 2018, selon Gallup) réclament des mesures plus strictes en matière de contrôle des armes à feu.

Mais les politiciens pratiquent la fuite en avant.

Et non seulement les meurtres bondissent, mais le nombre d’armes à feu vendues aussi. On parle de 22,8 millions en 2020, contre 13,9 millions en 2019. Un cercle vicieux. Plus il y a de la violence, plus les gens s’arment, et plus ils s’entretuent.

Il y a bien sûr d’autres causes à la violence armée chez nos voisins du Sud. Mais il reste que tant et aussi longtemps que les armes à feu seront glorifiées, que les droits de leurs propriétaires continueront d’être mythifiés et que le sort des victimes sera négligé, on voit mal comment la situation pourrait changer.