Ti-Mé a séduit le Québec dans La Petite Vie, mais son pouvoir d’influence en tant que porte-parole de Recyc-Québec n’est assurément pas aussi grand.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Notre bilan collectif, en matière de vidanges, est accablant.

Au quotidien, au Québec, 17 000 tonnes de déchets sont enfouies. Le poids de la tour Eiffel oscille autour de 10 000 tonnes, ça nous donne une idée de ce qu’on met aux poubelles chaque jour !

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Selon Recyc-Québec, 722 kg de matières résiduelles par habitant ont pris le chemin des sites d’enfouissement au Québec en 2019.

Pour l’année 2019, selon les plus récentes données de Recyc-Québec, pas moins de 722 kilos de matières résiduelles par habitant ont pris le chemin des sites d’enfouissement. Les ordures ménagères comptent pour environ 32 % de ce total. *

Si on a fait certains progrès au début des années 2000, on constate que depuis 10 ans, on fait pratiquement du surplace.

Et ces chiffres ne tiennent pas compte de l’impressionnante quantité de matières utilisées en recouvrement (sols contaminés, résidus de broyage de ferraille, etc.) dans les lieux d’enfouissement québécois. Elle a grimpé au cours des dix dernières années, pour atteindre 2 564 000 tonnes, soit 305 kilos par habitant.

On se penche sur ce bilan ces jours-ci parce que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) vient de lancer une commission d’enquête sur la gestion à long terme des déchets ultimes.

De quoi parle-t-on ici ?

De ceux qui se retrouvent dans les sites d’enfouissement à la fin du cycle de récupération et de traitement. Le gouvernement du Québec a demandé au BAPE d’explorer les technologies qui pourraient permettre de s’en débarrasser autrement.

Certains ont de sérieuses réserves quant à l’exercice.

Chez Équiterre, par exemple, on a affirmé que Québec s’intéresse « au symptôme d’un problème », alors qu’il devrait plutôt examiner ses sources.

On déplore aussi le fait que certains sites d’enfouissement auront reçu le feu vert pour leur agrandissement avant même que le BAPE ait remis son rapport, prévu pour la fin de l’année. C’est en effet pour le moins incongru.

(Re)lisez l’article « Commission d’enquête du BAPE : que faire des nos déchets », de Jean-Thomas Léveillé

Va-t-on se contenter de proposer de nouvelles technologies dites de « valorisation énergétique » qui finiront par être privilégiées pour des déchets… que nous devrions plutôt recycler ou réutiliser ?

Le fait est qu’on sera seulement capable de le mesurer au fil des audiences, au cours des prochains mois.

D’emblée, les commissaires semblent toutefois enclins à se pencher sur la gestion des déchets de façon plus large, même si ce n’est pas au cœur de leur mandat.

C’est fondamental. Il faut mieux définir le problème pour trouver des solutions.

Entendons-nous. Il va toujours y avoir des déchets ultimes. Il est important de s’en préoccuper. Mais ça ne devrait pas évacuer la question centrale, qui est de voir si tous les procédés mis en place pour réduire le nombre de déchets enfouis fonctionnent bien.

Or, actuellement, on sait que c’est loin d’être le cas !

Rendons à César ce qui appartient à César : le gouvernement caquiste semble déterminé à rompre avec le statu quo dans ce domaine. Depuis son arrivée au pouvoir, il a mis en branle deux réformes importantes.

D’abord l’élargissement de la consigne. Ensuite, en matière de recyclage, un élargissement de la responsabilité des producteurs.

Il est trop tôt pour tirer des conclusions quant à l’impact des changements annoncés, mais il est clair que le dossier évolue dans la bonne direction.

Le BAPE aurait tout avantage à se pencher, également, sur nos façons de consommer. Nos élus ont trop tardé avant d’agir de façon décisive, mais ils ne sont bien sûr pas les seuls responsables du gâchis actuel.

Les lieux d’enfouissement au Québec débordent. « Il n’y aura donc bientôt plus de place pour y mettre davantage de matières », avait prévenu le ministère de l’Environnement l’automne dernier.

Selon la politique québécoise de gestion des matières résiduelles, le Québec doit faire chuter de 722 kg à 525 kg ou moins d’ici 2023 la quantité de matières éliminées par habitant. On parle donc d’une réduction de près de 30 %…

On prédit des nuits blanches pour Ti-Mé !

D’où l’importance, pour les commissaires du BAPE, de voir grand et de ratisser large.

* Le secteur des industries, des commerces et des institutions (dit ICI) représente 33 % et celui de la construction, de la rénovation et de la démolition (dit CRD) compte pour 17 %. Avec les ordures ménagères municipales, il s’agit des trois sources principales des matières enfouies.