On comprend que la question de la ventilation dans les écoles du Québec est loin de faire consensus. Le débat est même polarisant au sein de la communauté scientifique.

Publié le 8 févr. 2021
Alexandre Sirois
Alexandre Sirois La Presse

On comprend aussi que le ministère de l’Éducation a tranché : il ne recommande pas l’utilisation de purificateurs d’air dans les classes. Cela dit, il ne l’interdit pas.

Ce qu’on ne comprend pas, par contre, c’est qu’on persiste en haut lieu à mettre des bâtons dans les roues de ceux qui font preuve de débrouillardise dans l’espoir de bien faire.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

« Prenons garde de ne pas créer de faux sentiment de sécurité avec les purificateurs ! Ils ne représentent pas une solution magique pour régler les problèmes de qualité de l’air dans les écoles », avertit Alexandre Sirois.

Le parcours de l’enseignante Marie-Josée Latour, évoqué à quelques reprises dans nos pages, fait penser à un véritable chemin de croix. On semble la traiter comme une révolutionnaire qui menace le système alors qu’elle veut simplement installer deux purificateurs d’air à filtres HEPA dans sa classe.

La chroniqueuse Rima Elkouri a eu raison de citer l’univers de Kafka au sujet des tribulations de l’enseignante.

Cette valse-hésitation de la part du Centre de services scolaire de Montréal, qui s’ajoute aux tergiversations du ministère de l’Éducation dans cette affaire, est doublement contre-productive.

Premièrement, elle donne l’impression que les décideurs sont toujours en train de mettre les freins lorsqu’il est question de qualité de l’air, ce qui n’est pas le cas, même si Québec a fait preuve d’une exécrable lenteur dans ce dossier depuis l’été dernier.

Deuxièmement, elle nous éloigne des vrais enjeux.

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Actuellement, ce qui est crucial, c’est de mesurer le taux de dioxyde de carbone pour connaître l’état de la ventilation dans chacune des classes de la province – ce que le ministère est en train de faire – pour ensuite régler les problèmes là où on en aura découvert.

Il est utile, à ce sujet, de relire le rapport du ministère intitulé Ventilation et transmission de la COVID-19 en milieu scolaire et en milieu de soins.

On y explique que les experts consultés ne recommandent pas « en milieu scolaire l’utilisation de dispositifs de filtration mobiles (ou purificateurs d’air) ».

On y affirme plutôt que dans les locaux sans ventilation mécanique ou naturelle, on doit évaluer la possibilité d’installer un appareil mobile d’extraction d’air ou un échangeur d’air.

Ce n’est donc pas un purificateur, qui filtre l’air, qu’on juge essentiel dans ce cas, mais plutôt un appareil qui permettra d’augmenter l’apport d’air dans la classe.

Ce qui nous donne ici l’occasion d’y aller d’un rappel utile : prenons garde de ne pas créer de faux sentiment de sécurité avec les purificateurs ! Ils ne représentent pas une solution magique pour régler les problèmes de qualité de l’air dans les écoles.

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Les controverses comme celle qui vient d’éclater au sujet de la classe de Marie-Josée Latour contribuent aussi, hélas, à alimenter une certaine panique quant à la qualité de l’air dans nos écoles et à la transmission du virus en milieu scolaire.

Or, ce qu’il est important de rappeler à ce sujet, c’est qu’il est loin d’être clair que la transmission aérienne dans les classes a jusqu’ici joué un grand rôle dans la contagion en milieu scolaire.

Plusieurs experts recommandent l’ajout de purificateurs d’air dans les classes. Il y a cependant, pour l’instant, bien peu de données qui nous permettent d’évaluer l’efficacité d’une telle mesure.

Même la question de savoir si nos jeunes, à l’école, sont plus souvent contaminés en classe ou à l’extérieur de la classe fait encore débat. Cette pandémie, on l’a dit, est une véritable leçon d’humilité.

Il reste que s’il doit y avoir du zèle de la part de Québec ou des centres de services à travers la province dans ce dossier, ça ne devrait pas être pour compliquer la vie des profs, mais bien pour améliorer la qualité de l’air des écoles.

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