Il faut se méfier des gens trop parfaits.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Sur papier, Julie Payette avait tout pour incarner une gouverneure générale (GG) moderne et donner un nouveau souffle à cette fonction anachronique que le Bloc québécois voudrait voir disparaître.

Ancienne astronaute, pianiste accomplie, sportive, polyglotte… Justin Trudeau s’est laissé éblouir par cette belle image.

Lui qui venait tout juste de lancer une méthode plus transparente pour la nomination des juges de la Cour suprême, il a mis à la corbeille le processus de sélection établi par son prédécesseur Stephen Harper pour le poste de GG.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Julie Payette lit le discours du Trône, en septembre 2020.

Il a nommé Julie Payette sans faire les vérifications qui s’imposent. Et cela lui retombe sur le nez, cette semaine, alors que Julie Payette est forcée de démissionner à la suite d’un rapport externe sur l’atmosphère toxique qu’elle faisait régner à Rideau Hall.

Pourtant, il aurait été facile de s’apercevoir qu’elle n’avait pas le profil de l’emploi en scrutant son passé. Ce n’était pas un secret qu’elle faisait la vie dure à ses collègues au Comité olympique canadien et au Centre des sciences de Montréal, d’où elle avait démissionné en 2016 à cause des tensions.

Ah, et il y avait aussi ces accusations de voies de fait au second degré portées contre Julie Payette, en 2011, alors qu’elle vivait aux États-Unis, mais qui ont été retirées sans qu’elle soit reconnue coupable.

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Tout simplement, Julie Payette n’avait pas la personnalité pour le poste de GG qu’elle semble n’avoir jamais aimé. Mauvais casting.

Après sa nomination en 2017, elle a attendu des années avant de déménager à Rideau Hall qu’elle a fait rénover, à coups de centaines de milliers de dollars, pour avoir plus d’intimité par rapport au personnel et aux visiteurs.

Ayant du mal à vivre avec des gardes du corps sur les talons, elle partait faire son jogging sans en informer la sécurité, au grand dam de la GRC. Pas facile de vivre dans une prison dorée.

Et puis, elle se faisait tirer l’oreille pour jouer son rôle protocolaire auprès de certains organismes tout comme elle pouvait rechigner à donner la sanction royale à des projets de loi adoptés par le Parlement.

Bref, son passage à Rideau Hall aura été sur le papier sablé du début à la fin. Mais s’il y a un côté positif, c’est qu’elle aura fait la démonstration claire et nette qu’aucun dirigeant au Canada ne peut se permettre de harceler ses employés. Pas même la représentante de la reine.

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Justin Trudeau se tire à bon compte de cette malheureuse saga, puisque Julie Payette a finalement accepté de démissionner. Il aurait été drôlement embarrassant que le gouvernement du Canada soit obligé d’aller cogner à la porte du palais de Buckingham pour demander à Élisabeth II de démettre sa représentante.

Mais d’un autre côté, Julie Payette n’aura pas besoin de réclamer la Prestation canadienne d’urgence (PCU), loin de là !

À 57 ans, elle aura droit à une rente de retraite de 150 000 $ par année, jusqu’à la fin de ses jours. Une véritable mine d’or.

Pour mettre les choses en perspective, une travailleuse du même âge que Mme Payette devrait économiser environ 3,7 millions de dollars dans son Régime enregistré d’épargne retraite (REER) afin d’obtenir une rente de cet ordre.

Cela donne une idée du magot que la gouverneure générale a accumulé pour sa retraite en moins de quatre ans. C’est presque quatre fois le salaire qu’elle a engrangé durant cette période, à raison de 290 000 $ par année.

C’est carrément indécent, alors que la majorité des humbles sujets de la reine ont du mal à économiser 10 % de leur paie pour la retraite.

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Tout cela nous pousse à nous demander s’il n’est pas temps de réformer le poste de gouverneur général.

Ce n’est pas la première fois que les dépenses royales des représentants de la reine font les manchettes. L’ancienne lieutenant-gouverneur du Québec, Lise Thibault, a même été en prison pour fraude.

Mais on ne peut pas éliminer ces postes en claquant des doigts, car ils demeurent essentiels au fonctionnement de notre système parlementaire, notamment lorsque vient le temps de constater le résultat de l’élection d’un gouvernement minoritaire.

Un bel exemple : en Colombie-Britannique, la première ministre libérale Christy Clark s’accrochait au pouvoir en 2017, alors qu’elle était devenue minoritaire. Mais c’est la lieutenante-gouverneure qui lui a indiqué la sortie puisque les néo-démocrates s’étaient alliés aux verts pour former un nouveau gouvernement.

Tout ça pour dire qu’on aurait du mal à se passer d’un gouverneur général ou des lieutenants-gouverneurs sans modifier la Constitution de façon radicale. Mais cela ne veut pas dire que le poste doit forcément être occupé par un représentant de la reine d’Angleterre.

Le GG pourrait aussi être élu par la Chambre des communes ou les assemblées provinciales, à la manière du vérificateur général. Cela permettrait de mettre la monarchie au rancart, sans tout virer à l’envers.