Quelle période tumultueuse et fascinante pour m’asseoir dans le fauteuil d’éditorialiste en chef de La Presse.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
Éditorialiste en chef

Malgré le nouveau confinement, notre système de santé frôle le point de rupture à cause de la pandémie, qui a des effets secondaires graves dans les écoles, les commerces et j’en passe.

Comment se relever de cette crise sans précédent qui a grugé nos finances publiques ? Ce sera l’objet des campagnes électorales qui se profilent cette année sur la scène municipale et fédérale.

Pendant ce temps, aux États-Unis, la démocratie est mise à mal avec la sidérante insurrection du Capitole par les partisans de Donald Trump.

Bref, beaucoup d’enjeux captivants à analyser pour l’équipe éditoriale de La Presse. Mais, au fait, à quoi sert une équipe éditoriale, me demandent plusieurs lecteurs, quand il existe déjà des chroniqueurs qui donnent leur opinion dans les autres sections du journal ? Quelle est la différence ?

Chacun avec leur style et leur couleur, les chroniqueurs expriment leur point de vue personnel sur une panoplie de sujets comme la télévision, la politique, le sport ou encore les finances personnelles comme je l’ai fait avec beaucoup de bonheur au cours des huit dernières années (soyez sans crainte, j’aurai toujours un œil sur ces questions, même si je me prononcerai désormais sur une grande variété d’enjeux).

De leur côté, les éditorialistes jouent un rôle unique et essentiel. Ils donnent le ton au journal. Ils incarnent l’identité même de La Presse, une institution incontournable au Québec dont les fondations remontent à 1884.

À titre d’éditorialiste en chef, je serai donc la gardienne des valeurs de La Presse. Tout comme mon prédécesseur François Cardinal, je m’appuierai sur une série de grands principes édictés lors de notre transformation. En 2018, le journal est devenu entièrement indépendant et il vole aujourd’hui de ses propres ailes, comme propriété d’un organisme à but non lucratif.

Je m’appuierai aussi sur l’équipe chevronnée d’éditorialistes dont vous appréciez déjà le talent et la rigueur : Philippe Mercure, Alexandre Sirois et Laura-Julie Perreault. Et je pourrai aussi compter sur le regard critique et caustique de notre inégalable caricaturiste Serge Chapleau.

Nos positions sont le fruit d’échanges quotidiens qui se déroulent en toute collégialité.

Notre travail consiste à analyser, vulgariser et synthétiser la mer d’informations que l’actualité nous apporte chaque jour pour vous fournir un avis éclairé. Notre objectif est de faire avancer le débat, en pointant des chemins de passage.

Toujours, nous sommes guidés par les valeurs de respect, d’humanité, d’équité et de justice sociale. Toujours, nous manifestons une ouverture d’esprit pour les différentes pistes de réflexion, d’où qu’elles viennent. Oui au choc des idées, positif, créatif, collaboratif. Non à la partisanerie stérile qui alimente le désabusement de la population.

La section Débats est un poumon qui permet de faire circuler les idées et apporte de l’oxygène à la démocratie. À l’heure où les points de vue se clivent, à l’heure où les médias sociaux favorisent la pensée en vase clos, ce forum de discussion permet de maintenir un dialogue essentiel pour la société.

La section Débats, c’est votre section. L’an dernier, nous avons reçu du public très exactement 139 309 lettres et commentaires… C’est huit fois plus qu’en 2013. Je souhaite poursuivre ce dialogue avec les lecteurs en favorisant les voix de tous les horizons, de toutes les orientations.

En soi, la nomination d’une première femme au poste d’éditorialiste en chef à La Presse envoie un message de diversité. J’ose croire que ce sera une inspiration pour toutes les lectrices de La Presse qui souhaitent nous envoyer leur opinion et s’engager dans les différentes sphères de la vie publique.

En avant toutes !

Mais la diversité ne se résume pas à l’égalité hommes-femmes. La section Débats souhaite être encore plus inclusive, en mettant à l’avant-scène l’ensemble des acteurs qui font la richesse culturelle du Québec, en offrant une tribune aux francophones hors Québec, en faisant découvrir de nouveaux visages parmi les communautés autochtones.

Enfin, nous voulons encourager les jeunes à s’engager dans le débat, à apporter un regard neuf sur des questions qui forgeront leur avenir. Votre avis nous intéresse. Vivement la relève.

Les principes éditoriaux de La Presse

L’équipe éditoriale de La Presse croit :

– En une société ouverte et pluraliste : les minorités linguistiques, ethniques, sexuelles et religieuses apportent au Québec une contribution inestimable. Leur apport, notamment celui de la communauté anglophone, doit être reconnu et leurs droits fondamentaux doivent être respectés ;

– Que le système économique fondé sur la libre entreprise est le meilleur gage de la prospérité et du progrès des sociétés. L’intervention de l’État dans le domaine économique est nécessaire afin de tendre vers une plus grande égalité des chances et de trouver le juste équilibre entre solidarité et réussite individuelle ;

– Que c’est au sein de la fédération canadienne que le Québec est mieux à même de s’épanouir. La formule fédérale, qui a évolué et doit continuer de le faire pour refléter le Canada d’aujourd’hui et de demain, offre la souplesse nécessaire au Québec pour se développer. Celui-ci doit se donner les moyens nécessaires pour assurer la pérennité de sa culture et de la langue française, sur son territoire et dans les autres régions du Canada ;

– Que la protection de l’environnement est un enjeu fondamental à la survie et au développement d’une société saine, stable et innovatrice ;

– Et à la nécessité d’alimenter le débat public par la publication de textes favorisant la plus large pluralité d’opinions possible, en faisant une grande place aux lecteurs, afin de refléter tous les courants de pensée et les débats qui permettent au Québec d’évoluer.