Ainsi, Meng Wanzhou n’en peut plus.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

En liberté sous caution dans sa luxueuse résidence – d’une valeur de 13 millions de dollars – à Vancouver, elle réclame certains assouplissements aux conditions qui lui sont imposées.

La présence constante d’agents de sécurité l’embête. Ils sont trois, qui la surveillent et l’accompagnent dans tous ses déplacements.

Pour la vie de famille, c’est loin d’être idéal, a fait savoir son mari (qui a bénéficié, il faut le souligner, d’une autorisation spéciale d’Ottawa pour séjourner au Canada). Il dit aussi s’inquiéter du risque de contagion en pleine pandémie.

Disons-le : dans le contexte, de telles allégations sont indécentes.

PHOTO JENNIFER GAUTHIER, ARCHIVES REUTERS

Meng Wanzhou devant sa résidence de Vancouver, en novembre dernier

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On peut fort bien convenir que Meng Wanzhou, ultimement, est victime des errements de Donald Trump.

Convenir, aussi, que s’il n’avait pas torpillé l’accord nucléaire signé avec l’Iran et décrété des sanctions unilatérales contre ce pays – que Mme Meng est accusée d’avoir transgressées –, elle n’aurait pas été interpellée par Ottawa en décembre 2018 en vue de son extradition, réclamée par la justice américaine.

Mais apprendre qu’elle se plaint de son sort alors que deux otages canadiens croupissent en prison en Chine dépasse la limite du supportable.

Ce dont il faut s’indigner, c’est l’odieux traitement réservé à ces deux Canadiens, Michael Spavor et Michael Kovrig, emprisonnés depuis décembre 2018.

Les deux Michael, faut-il le rappeler, n’ont rien fait pour mériter la prison.

On dit à Pékin qu’ils ont « mené des activités qui menacent la sécurité nationale de la Chine », mais tout le monde sait que c’est de la bouillie pour les chats !

L’objectif est de faire pression sur le Canada pour forcer la libération de Mme Meng.

Or, non seulement les deux Michael n’ont rien à se reprocher, mais leurs conditions de détention sont à des années-lumière de ce que vit Mme Meng.

Leur accès aux services consulaires a été limité (ce qui, en soi, est inqualifiable), mais on a tout de même obtenu des détails – troublants – à ce sujet.

« Leurs conditions sont très éprouvantes et certainement différentes de celles dans une prison canadienne. Les lumières sont toujours ouvertes dans leurs cellules et je pense qu’ils dorment sur un lit de bois », nous a expliqué l’ancien ambassadeur du Canada en Chine, Guy Saint-Jacques.

Ce dernier était en poste à Pékin en 2014 lorsqu’un couple de Canadiens, Kevin Garratt et sa femme Julia, ont été arrêtés et accusés d’espionnage.

Les six premiers mois de détention de M. Garratt ont été épouvantables, raconte-t-il. On le questionnait pendant au moins six heures chaque jour. Il était « souvent attaché sur une chaise haute, les pieds ballant dans le vide avec un poids, ce qui devenait insupportable rapidement ».

Ce n’est pas tout. Les séances se déroulaient parfois en pleine nuit. « Pour le désorienter et le soumettre au maximum de pression », raconte l’ancien ambassadeur, convaincu que les deux Michael ont été « soumis à des conditions difficiles similaires ».

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On s’en voudrait de ne pas évoquer, en terminant, la question de la promiscuité. Ainsi, Mme Meng voudrait pouvoir parcourir Vancouver sans ses gardiens… alors que Michael Spavor partage une cellule avec une quinzaine de détenus !

Plus chanceux, Michael Kovrig passe tout son temps, depuis deux ans, avec trois ou quatre prisonniers chinois.

Dans le même ordre d’idées, la crainte de la COVID n’a pas empêché Mme Meng de fraterniser avec une dizaine d’employés de son entreprise, dans un restaurant, pour Noël.

On n’a pas précisé ce qu’il y avait au menu ce jour-là, mais on sait que les deux Michael ont des préoccupations plus terre à terre. Qu’ils ont réclamé, par exemple, des vêtements et des sous-vêtements qui se lavent facilement et sèchent rapidement…

L’expression deux poids, deux mesures n’est même pas assez forte pour exprimer l’injustice flagrante dont nous sommes tous témoins.

La suite des démarches d’extradition

Dates clés pour 2021, fixées par la Cour suprême de la Colombie-Britannique

Du 1er au 5 mars : Arguments sur le premier volet de l’abus de procédure.

Du 15 mars au 1er avril : Arguments sur les 2e et 4e volets de l’abus de procédure.

Du 26 avril au 14 mai : Arguments sur le 3e volet de l’abus de procédure et du renvoi (audience en matière d’extradition).

— Source : ministère de la Justice du Canada