Rester à la maison et acheter local. Voilà les deux plus grandes recommandations de François Legault à l’ensemble des Québécois depuis le début de la crise entourant la COVID-19. Si le premier conseil porte peu à confusion, le second présente pas mal plus de défis.

Laura-Julie Perreault Laura-Julie Perreault
La Presse

Acheter local, ça veut dire quoi au juste en ces temps de pandémie ? Faire ses achats dans les commerces de proximité qui peuvent être autant des grandes surfaces que des petits commerces indépendants ? Ou devrait-on surtout vérifier la provenance des produits et des aliments achetés, que ce soit chez Costco ou à l’épicerie fine du coin ?

Pour répondre à la question, il faut d’abord garder en tête le principal objectif : permettre aux commerces d’ici, qui passent un très mauvais quart d’heure, de survivre à la crise. Personne n’a envie de sortir de l’isolement dans (espérons-le) quelques semaines pour se rendre compte que les bistros, les boutiques et les bouchers, qui sont l’âme même de nos quartiers et de nos artères principales, ont mis définitivement fin à leurs activités parce que la crise leur aura porté un coup fatal.

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Le gouvernement du Québec promet une « stratégie ambitieuse » autant pour le commerce local qu’électronique.

Mais une fois qu’on a dit ça, on fait face à un autre défi : connaître l’offre commerciale accessible en ce moment. Quel restaurant fermé prépare des commandes à emporter ? Quel est le nouvel horaire du commerce ouvert, mais qui a limité ses heures de fonctionnement ? Ou encore, quel magasin a dû fermer ses portes, mais offre le magasinage en ligne ? Suivre tout ça, de jour en jour, peut devenir un « hobby » à temps plein.

Heureusement, la création du Panier bleu qu’ont annoncé dimanche le premier ministre du Québec et son ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, rendra le débroussaillage beaucoup plus facile. 

Pour le moment, le site web qu’ont visité depuis des millions de Québécois n’est qu’un répertoire regroupant 2157 entreprises de détail. C’est assez modeste. Mais il suffit d’utiliser l’outil de recherche pour savoir quelle est l’offre de chacune de ces entreprises pendant les mesures de confinement. Les instigateurs, qui ont reçu 275 000 $ de financement du gouvernement, prévoient que 20 000 commerces feront bientôt partie de leur répertoire qui, au cours des 10 prochaines semaines, se munira d’outils de recherche et de géolocalisation plus sophistiqués.

L’idée n’est pas mauvaise et peut permettre de gagner du temps, mais pour le moment, le Panier bleu ne répond pas au principal défi de l’heure : l’accroissement exponentiel du commerce en ligne depuis le début des mesures d’isolement. Entre le 11 et le 29 mars, les ventes en ligne ont bondi de plus de 160 %.

Oui, sur le Panier bleu, on trouve des commerces qui ont des sites d’achat en ligne, mais on est loin, très loin de la convivialité de sites comme Amazon ou eBay qui permettent de trouver un produit spécifique en quelques secondes à peine.

Et quand on regarde les statistiques, c’est particulièrement là que le bât blesse. Selon l’Indice du commerce électronique du Québec compilé par le CEFRIO, près de 60 % des achats faits en ligne au Québec vont directement à des entreprises étrangères. C’est bien sûr les États-Unis qui ont la part du lion avec 52 % de ces achats. Seulement 25 % des achats en ligne, toutes catégories confondues, sont faits auprès d’entreprises québécoises.

Les commerçants du Québec savaient déjà qu’ils avaient une immense bataille à mener avant la pandémie. Aujourd’hui, ils sont en plein dedans.

Le gouvernement du Québec l’a vite compris et promet une « stratégie ambitieuse » autant pour le commerce local qu’électronique. Il sera donc nécessaire de regarder bien au-delà du Panier bleu afin de soutenir d’autres initiatives innovantes.

Le moment est particulièrement opportun. Les Québécois comprennent plus que jamais l’importance de développer leurs réflexes bleus en matière de consommation. Il ne reste qu’à leur offrir les bons outils.