Le 29 janvier. Cette date n’est plus tout à fait la même depuis qu’Alexandre Bissonnette a ouvert le feu dans la grande mosquée de Québec ce jour-là en 2017, tuant six hommes musulmans qui venaient de finir la prière, et en blessant cinq autres.

Laura-Julie Perreault Laura-Julie Perreault
La Presse

Le 29 janvier, les noms des six victimes de ce terrible attentat refont surface. Abdelkrim Hassane, Ibrahima Barry, Azzedine Soufiane, Khaled Belkacemi, Mamadou Tanau Barry, Aboubaker Thabti.

Aujourd’hui, trois ans après l’impensable, de petites cérémonies auront lieu à la mémoire des six Québécois disparus. À Québec, c’est autour d’une table, lors d’un souper communautaire, qu’on honorera leur mémoire. À Montréal, c’est à l’hôtel de ville que sera soulignée cette triste journée. Une semaine de sensibilisation musulmane, soutenue par un florilège d’organisations musulmanes, chrétiennes et non religieuses, se déroule toute la semaine à Montréal, à Laval et à Québec.

Trois ans après l’attentat, ce temps d’arrêt est plus que nécessaire. Comme celui observé le 6 décembre tous les ans à la mémoire des 14 victimes de l’attentat antiféministe de la Polytechnique survenu en 1989.

Le 29 janvier doit lui aussi s’ancrer dans notre mémoire collective comme une journée de deuil et de réflexion. Une journée pour parler du chemin parcouru et de celui qu’il reste à faire.

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Il n’est pas question de faire porter à toute une société des crimes commis par deux individus qui ont décidé de s’en prendre à un groupe spécifique : des femmes dans le premier, des musulmans, dans le deuxième.

Cependant, ces deux anniversaires nous obligent à nous regarder en face. Il ne passe pas un 6 décembre sans que les questions du contrôle des armes et des violences faites aux femmes reviennent au cœur de l’actualité et des débats.

Le 29 janvier, lui, devrait nous inciter à parler de crimes et de discours haineux dans toute la société, mais en portant une attention particulière à la haine dirigée vers les minorités ethniques et religieuses.

Et le Québec ne devrait pas être le seul à se regarder dans le miroir. Le reste du pays, ne lui en déplaise, en a lui aussi besoin.

Selon Statistique Canada, les crimes haineux répertoriés par la police sont en hausse dans tout le pays depuis 2014 et ont atteint des sommets en 2017 – la pire année – et en 2018, deuxième au palmarès.

Selon les dernières données disponibles, 1798 crimes haineux ont été répertoriés en 2018 dans le pays. L’Ontario, province la plus populeuse, a la part du lion avec 762 crimes. Le Québec arrive au deuxième rang avec 453, et la Colombie-Britannique au troisième avec 248. Si on regarde le phénomène par habitant, Hamilton et Québec sont les deux villes avec le plus haut taux de crimes haineux au pays.

Si, en Ontario, les minorités ethniques sont les premières victimes de ces crimes, au Québec, ce sont les minorités religieuses – musulmans et juifs – qui sont ciblées le plus souvent.

Ce phénomène est inquiétant et mérite un suivi des autorités, à tous les ordres de gouvernement. D’autant plus qu’une récente étude de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) du Québec sur le sujet démontre que peu de victimes rapportent ces méfaits aux policiers.

Dans la foulée de ce rapport, la CDPDJ s’inquiète aussi de la place de plus en plus grande des discours haineux sur le web et de leur impact sur les groupes minoritaires. Dans cette lignée, en septembre dernier, l’organisation a demandé au gouvernement du Québec d’organiser une riposte contre le vitriol qui se répand sur les réseaux sociaux. Des mesures en ce sens seraient les bienvenues et permettraient sans doute d’améliorer le portrait du vivre-ensemble avant le 29 janvier 2021.

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PHOTO FOURNIE PAR LA VILLE DE QUÉBEC

La Ville de Québec compte inaugurer l’été prochain un monument à la mémoire des six victimes de l’attentat.

D’ici là, la Ville de Québec compte inaugurer un monument à la mémoire des six victimes de l’attentat tout près du lieu où elles ont été assassinées. Un monument conçu par l’artiste Luce Pelletier et qui coulera dans le béton le souvenir d’un jour douloureux. Un 29 janvier qui nous a collectivement ébranlés, mais qui, à long terme, a le potentiel de nous rendre plus forts.