Comment se passera cette année le 1er juillet, journée nationale du déménagement au Québec ? La question est sur beaucoup de lèvres depuis la publication la semaine dernière d’un rapport démontrant que les logements se font de plus en plus rares à la grandeur de la province.

Laura-Julie Perreault Laura-Julie Perreault
La Presse

Selon l’étude de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), Montréal n’a jamais eu un taux d’inoccupation aussi bas en 15 ans. Tout juste 1,5 % des unités locatives cherchent preneur. Et c’est à peu près similaire dans le reste de la province : 2,4 % à Québec, 1,5 % à Gatineau, 1,1 % à Drummondville. Bien loin des 3 % d’inoccupation d’un marché à l’équilibre.

Faut-il pour autant sonner les cloches et décréter d’ores et déjà qu’une nouvelle crise du logement est à nos portes ? Pas encore. En 2000, lors de la dernière crise, le taux d’inoccupation était de tout juste 0,6 %. Heureusement, on n’en est pas là.

Cela ne veut pas dire cependant qu’il faut rester les bras croisés et attendre que des Québécois se retrouvent perdants au grand jeu de la chaise musicale locative l’été prochain.

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Avant de parler de solutions, il est essentiel de mettre en contexte la situation actuelle du logement. Car le taux d’inoccupation très bas et les loyers qui ont augmenté en moyenne de 3,2 % en un an au Québec cachent certaines bonnes nouvelles.

Si les logements se louent comme des petits pains chauds, c’est que l’économie va bien dans la province et en particulier dans la métropole. Des travailleurs, surtout âgés de 25 à 44 ans, qui dégotent de nouveaux boulots bien payés, cherchent des logements et ont de bons revenus à y consacrer. Les travailleurs temporaires et les étudiants étrangers gonflent leurs rangs.

Les promoteurs répondent avec appétit. L’an dernier, selon la SCHL, plus d’unités locatives que de condos ont été construites pour répondre à la demande montréalaise.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

L’autre bonne nouvelle, c’est qu’en matière de logement, quand on se compare, on se console. Les loyers québécois, s’ils augmentent, restent inférieurs à tous ceux du reste du pays. Pour un 4 ½ (2 chambres), on paye en moyenne 855 $ par mois à Montréal, soit près de la moitié d’un logement équivalent à Toronto ou à Vancouver. En fait, la seule région métropolitaine hors Québec qui a des loyers inférieurs à Montréal est Saint John, au Nouveau-Brunswick. Dans le reste de la province, les loyers moyens oscillent entre 625 $ à Trois-Rivières et 874 $ à Gatineau.

Cependant, c’est là que les bonnes nouvelles s’arrêtent. La pénurie grandissante de logements a de vrais impacts sur beaucoup de ménages, particulièrement les 27 % moins bien nantis qui peinent à se trouver des logements abordables et qui consacrent plus que 30 % de leur revenu pour se loger, un taux semblable aux deux autres grandes métropoles canadiennes.

Et pour ces ménages, l’arrivée de nouveaux logements sociaux se fait attendre. Selon une étude de la Communauté métropolitaine de Montréal, les constructions de logements subventionnés ont ralenti de 2016 à 2018 alors que le marché privé, lui, a fait des bonds de géants. Il faut remédier à cette situation rapidement.

Le constat n’a pas échappé à la mairesse de Montréal ou au gouvernement du Québec. Valérie Plante peut mettre à profit l’inquiétude ambiante à l’égard de la pénurie de logements pour faire débloquer les fonds qui permettront de construire les 12 000 unités de logements sociaux et abordables qu’elle désire voir sortir de terre avant la fin de 2021. Mais Montréal ne doit pas être la seule à agir de la sorte. La pénurie est aussi bien réelle en banlieue.

Le gouvernement de François Legault est sur une bonne lancée, ayant annoncé la création de 2500 unités à travers la province depuis juillet dernier et un budget de 260 millions pour AccèsLogis. Il doit maintenir la cadence.

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Le même gouvernement vient aussi tout juste de faire adopter une réforme de la Régie du logement dans l’espoir de raccourcir les délais d’attente de 16 à deux mois pour faire entendre une cause. La mise en œuvre débute cette année.

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation s’est aussi montrée ouverte à certaines demandes des associations de propriétaires, qui dénoncent le fait que le Québec est le seul endroit en Amérique du Nord où les locateurs ne sont pas autorisés à demander des dépôts de garantie, qui peuvent être utilisés en cas de non-paiement de loyer ou de dommages importants dans un logement.

Si cette mesure n’est peut-être pas prioritaire dans un marché où les propriétaires ont l’embarras du choix parmi les locataires, elle mérite d’être étudiée sérieusement par souci d’équité.

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La pénurie actuelle de logements peut en fait devenir une belle occasion de revoir en profondeur notre façon de faire en matière d’habitation.

Si on se fie aux dires des économistes de la SCHL, le marché locatif québécois est beaucoup plus en santé que dans le reste du pays. Nous devons tout faire pour qu’il le reste, tout en répondant aux besoins pressants des familles les plus précarisées qui craignent l’arrivée de l’été. Nous avons les moyens d’éviter la crise.