« Le rêve américain est mort », a affirmé Donald Trump à l’été 2015 lorsqu’il s’est lancé en politique.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

À la toute fin d’un discours délirant, il a promis de rendre à son pays sa « grandeur ». Grâce à lui, le rêve américain allait « revenir, plus gros, meilleur et plus fort que jamais auparavant », disait-il.

Quatre ans après son triomphe électoral, une majorité d’Américains rêve… de rêver mieux. Les sondages le démontrent.

Ça se comprend. Ils ont de saprées bonnes raisons de faire des cauchemars.

D’ailleurs, des cauchemars, il y en aura aussi au sein d’à peu près toutes les démocraties occidentales si Donald Trump obtient un second mandat.

C’est devenu un cliché : tous les quatre ans, nos voisins aiment dire que leur élection présidentielle va être « historique ». Que de leur vivant, ils n’ont jamais vu une élection si importante.

Cette fois, ce n’est pas de l’enflure verbale.

Le résultat de ce scrutin va être déterminant. Les Américains optent-ils pour ce qui s’annonce comme un retour à la normale (avec Joe Biden) ou pour un élan vers le pire (avec Donald Trump) ?

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Le pire ?

Vraiment ?

Oui, vraiment.

À la lumière des quatre dernières années, on voit mal comment le président républicain pourrait remettre les États-Unis sur la bonne voie.

PHOTOS ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

« Les pyromanes se transforment rarement en pompiers », conclut notre éditorialiste au sujet de Donald Trump.

Non seulement il a eu du mal à gérer les trois grandes crises qui ont frappé son pays dans la dernière année – la pandémie, la crise économique et la crise qui découle des tensions raciales –, mais il jette aussi de l’huile sur le feu en permanence.

Or, les pyromanes se transforment rarement en pompiers.

D’ailleurs, on a redemandé récemment à Donald Trump ce qu’il ferait différemment pour lutter contre la pandémie si c’était à recommencer. « Pas grand-chose », a-t-il répondu.

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Ce n’est pas la grandeur de l’Amérique qui nous a frappé ces dernières années. C’est la petitesse de Donald Trump.

Son incompétence, aussi. Elle a été exposée à de nombreuses reprises au fil des ans.

Il n’était pas prêt à être président et n’a pas été capable de s’adapter. Encore moins de s’améliorer.

Comme l’a expliqué sa nièce, Mary Trump, il a passé sa vie dans « des univers sous contrôle, dans lesquels [ses] besoins matériels ont toujours été pris en charge » et où « le travail est fait par d’autres ».

Il n’a donc « jamais eu besoin d’acquérir une quelconque expertise pour obtenir ou garder le pouvoir », a-t-elle résumé dans ses mémoires, Trop et jamais assez, publiées récemment.

À la Maison-Blanche, sa seule option était de jouer la comédie. Et de bluffer.

Ça, il sait le faire à merveille.

Donald Trump est un vendeur de chars qui a convaincu les Américains d’acheter un citron – sa présidence – en leur promettant que c’était une Cadillac dernier cri qui allait les conduire vers l’infini et plus loin encore.

Plus les années passent, plus ce citron accélère… en marche arrière !

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Les États-Unis traversent une période sombre de leur histoire.

De nombreux observateurs, au cours des derniers mois, ont fait un rapprochement entre 2020 et 1968, année traumatisante ponctuée de tensions sociales, de violentes émeutes et d’assassinats marquants (Martin Luther King et Robert Kennedy).

Le président républicain n’est évidemment pas à la source de tous les maux des États-Unis. Mais même ceux dont il n’est pas responsable, il peine à les résoudre.

Quant à ses accomplissements les plus marquants (avoir pu garder l’économie en santé jusqu’à la pandémie, par exemple), ils sont généralement en demi-teinte (ses politiques favorisent les inégalités et endettent sa nation d’une façon qui, jadis, aurait mis les républicains hors d’eux).

Ce qui structure son mode de gestion, c’est une idée fixe : satisfaire sa base dans le but d’être réélu.

Il prend ses décisions à la lumière de cette obsession. Si bien que son propre intérêt passe souvent avant celui de son pays.

On peut donc présumer que le pire reste encore à venir.

C’est la raison pour laquelle l’idée de le voir rester quatre ans de plus à la Maison-Blanche empêche tant de monde de dormir.