Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle concernant l’étalement urbain autour de Montréal.

Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse

La bonne : sur l’île et dans les premières couronnes, un certain ordre règne. Le dézonage agricole a été freiné, et malgré quelques dossiers chauds, l’aménagement du territoire se fait généralement selon une vision cohérente.

La mauvaise : le problème s’est déplacé vers les couronnes éloignées, qui ressemblent de plus en plus au far west. Et le gouvernement provincial, loin de jouer son rôle de shérif, y tire lui-même du fusil en transgressant ses propres règles.

L’enquête publiée ces jours-ci par nos collègues André Dubuc et Francis Vailles est à ce sujet éloquente. Elle montre que dans la MRC de Montcalm, dans Lanaudière, le gouvernement a autorisé la transformation de terres agricoles couvrant 220 terrains de football en champs de bungalows… contre les avis de trois de ses propres ministères.

> (Re)lisez la première partie de l’enquête

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, affirme sans rire que ce plan est conforme aux orientations du gouvernement sur l’aménagement du territoire. C’est faux. Ces orientations ont notamment comme objectif de « freiner l’empiétement et l’expansion de l’urbanisation en zone agricole ». On fait ici précisément l’inverse.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest

Le type de développement qu’on vient d’autoriser dans Lanaudière est problématique à tellement d’égards qu’on ne sait par où commencer. D’abord, il est inutile.

Il n’existe aucun besoin, en périphérie de Montréal, de transformer des terres agricoles en projets résidentiels. Les endroits « zonés blanc », donc non agricoles, sont déjà amplement suffisants pour répondre aux besoins démographiques.

Ces projets à faible densité, loin des réseaux de transports en commun, sont exactement ce que combattent les urbanistes depuis des décennies. Ils font grandir la ville de façon tentaculaire – parce que c’est bien de ville qu’on parle. Même si Saint-Lin–Laurentides est situé à 50 km de Montréal, la moitié de ses résidants travaillent dans la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), une proportion en constante augmentation.

La liste des conséquences d’un tel étalement urbain est longue. On perd de précieuses terres agricoles au moment même où le gouvernement évoque une plus grande autonomie alimentaire pour le Québec. On ajoute des voitures sur les routes qui provoquent des bouchons et génèrent d’autant plus de gaz à effet de serre qu’elles parcourent de longues distances (et, non, le télétravail ne s’applique pas à tous et ne réglera pas tous ces problèmes).

On perd en biodiversité, on exacerbe le risque d’inondations en bétonnant le territoire, on oblige la construction de nouvelles infrastructures. Les coûts sont énormes et systématiquement sous-estimés.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Champ agricole à Saint-Roch-de-l’Achigan

Tout cela est archiconnu. C’est pourquoi les MRC ont des schémas d’aménagement et le gouvernement se dote d’orientations. Ces documents articulent une vision du territoire, assurent une cohérence – comme un joueur de SimCity qui suit un plan au lieu de tout construire n’importe où.

Mais ils ne servent à rien s’ils sont contournés chaque fois qu’un promoteur fait pression sur une MRC pour développer un nouveau secteur. Dans la Communauté métropolitaine de Montréal, vaste région qui compte 82 municipalités, les visions ont été réunies sous le Plan métropolitain d’aménagement et de développement. Ça a amélioré les choses.

C’est à l’extérieur que le bât blesse – et les impacts en sont d’autant plus graves qu’on y est aux confins de l’étalement. Dans les MRC des Jardins-de-Napierville et des Maskoutains, le gouvernement provincial a aussi approuvé de nouveaux schémas d’aménagement qui grugent des terres agricoles.

Face à un gouvernement provincial qui a abdiqué son rôle, le seul rempart est la Commission de protection du territoire agricole – un tribunal administratif dont le pouvoir est limité.

La ministre Laforest doit réaliser que ses décisions auront des impacts pendant des décennies. Elle doit rapidement épingler une étoile de shérif sur sa veste.

On peut transformer un champ ou une forêt en zone de bungalows, mais essayez de faire l’inverse…

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