Cinq ans après le carnage dans les bureaux de Charlie Hebdo, le slogan #jesuischarlie n’a rien perdu de son actualité. La liberté d’expression vient encore une fois d’être attaquée par un terroriste islamiste en France.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Une énième histoire d’horreur.

Il y a cinq ans, des journalistes ont été ciblés. Cette fois-ci, c’est un enseignant.

Samuel Paty a été décapité parce qu’il a montré une caricature de Mahomet dans un cours sur la liberté d’expression. Un geste d’une rare barbarie.

D’un côté, il y avait un enseignant qui sait qu’on dit des esprits qu’ils sont comme des parachutes ; ils ne fonctionnent pas s’ils ne sont pas ouverts.

De l’autre côté, un fou de Dieu encouragé par des parents et des militants islamistes, leurs esprits embrouillés par l’obscurantisme.

Les reportages sur l’assassinat de l’enseignant nous apprennent en effet que les militants islamistes et leurs réseaux ont joué un rôle dans sa dénonciation et dans la flambée de haine à son égard.

PHOTO MICHEL EULER, ASSOCIATED PRESS

Gerbes de fleurs déposées devant l’école où enseignait Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, au nord-ouest de Paris.

On note aussi que les réseaux sociaux — Facebook et Twitter, à tout le moins — ont une fois de plus servi de catalyseurs.

Les utiliser pour propager l’intolérance demeure un jeu d’enfant, et les intégristes en sont ravis.

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Ce nouvel attentat terroriste est aussi tragique que désespérant. Il devrait toutefois, au sein de chacune des démocraties occidentales, nous servir de leçon et renforcer nos convictions.

Si ces islamistes radicaux sévissent encore, eux qui profitent des largesses de la démocratie pour faire fructifier leurs idées nauséabondes, c’est qu’ils croient avoir raison. Qu’ils croient être dans leur droit.

Alors, forcément, on ne leur a pas expliqué assez clairement à quel point ils avaient tort. À quel point leur haine était illégitime.

On a manqué à la fois de fermeté et de cohérence.

Et ça ne date pas d’hier.

Remontons dans le temps l’espace de quelques paragraphes. Plus précisément à la fin des années 80, alors que l’écrivain Salman Rushdie a fait l’objet d’une fatwa de l’ayatollah Khomeini.

On l’accusait lui aussi d’avoir blasphémé Mahomet. Et on appelait tous les musulmans à lui faire la peau.

Quelle fut alors la réaction des autorités de la Grande-Bretagne, où il habitait depuis l’âge de 13 ans ? Relisons à ce sujet l’écrivain Julian Barnes qui, au milieu des années 90, a critiqué l’absence d’indignation des autorités britanniques :

« L’attitude officielle britannique consista presque exclusivement en réactions, réactions elles-mêmes d’une conciliante passivité », avait-il déploré.

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Il y a hélas eu du mou, en France aussi, dans la foulée du carnage à Charlie Hebdo.

Des voix qui, çà et là, s’élevaient pour dire que, d’une certaine façon, les journalistes l’avaient bien cherché.

L’histoire, comme c’est souvent le cas, bégayait. C’est ce que certains avaient reproché à Salman Rushdie — de l’avoir cherché — 25 ans plus tôt.

PHOTO GEORGES GOBET, AGENCE FRANCE-PRESSE

Comme dans plusieurs villes de France, à Toulouse, la place du Capitole a vu défiler dimanche des milliers de personnes venues rendre hommage à Samuel Paty.

Bon nombre d’élus au sein de nos démocraties occidentales ont cependant cessé de se mettre la tête dans le sable.

En France, Emmanuel Macron a su nommer la menace et semble avoir décidé de l’affronter avec plus de détermination que jamais auparavant.

On a annoncé lundi « une guerre contre les ennemis de la République ». En réaction à la mort de Samuel Paty. Mais en vérité, Emmanuel Macron fourbissait ses armes depuis un certain temps.

Au début du mois d’octobre — peu après une attaque au hachoir devant les locaux de Charlie Hebdo —, il a promis une offensive contre le séparatisme islamiste en France. Il avait alors dénoncé « un islamisme radical qui conduit à nier la République ».

En voici donc une nouvelle preuve. Accablante.

« Un conciliateur, c’est quelqu’un qui nourrit un crocodile en espérant qu’il sera le dernier à être mangé », disait Winston Churchill.

À la lumière de la multiplication des attentats abjects commis par des intégristes musulmans, ces mots se révèlent d’une lucidité exemplaire.