Avez-vous remarqué comment les données dévoilées quotidiennement par le gouvernement sont devenues importantes dans nos vies ?

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Chaque jour, on scrute les cas de COVID-19 pour voir si on a atteint un plateau. On regarde les éclosions dans les écoles en craignant leur fermeture. On suit les courbes en se demandant si on va rouvrir les restos avant de fermer les commerces.

Bref, ces chiffres sont devenus parole d’évangile. Ils dictent ce qu’on peut faire et ne pas faire, ce qu’on ouvre et ce qu’on ferme.

Mais il y a juste un tout petit ennui : ces chiffres posent trop souvent problème.

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On en a eu une preuve de plus hier.

À 11 h, le ministère de la Santé a dévoilé un chiffre qui donne l’impression qu’on est en train de maîtriser la deuxième vague : 844 nouveaux cas.

Pas mal… jusqu’à ce que vous vous attardiez aux petits caractères qui font gonfler le bilan réel à 1203.

Sous le tableau, en effet, une correction majeure : 359 cas ont été ajoutés entre le 10 et le 12 octobre, « en raison d’un problème technique qui s’est produit lors d’une mise à jour du système informatique, et qui a causé une erreur de transmission pour certains des cas ».

Misère.

10 octobre : 980 cas plutôt que les 942 annoncés.

11 octobre : 1056 cas plutôt que 843.

12 octobre : 923 cas plutôt que 815.

ILLUSTRATION LA PRESSE

Les chiffres du gouvernement posent trop souvent problème, selon François Cardinal.

On réalise donc qu’on a frôlé les 1000 cas tous les jours de la semaine, mais en plus, la moyenne mobile sur 7 jours n’est plus de 960 cas, mais bien de 1011 cas !

Bon, vous direz que les problèmes informatiques, ça arrive à l’occasion dans toutes les organisations. Ce qui serait vrai… si ce genre de problème était rare et isolé.

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Il serait fastidieux de faire ici la liste de tous les problèmes qui émanent de la « machine » qui compile les données depuis le début de la pandémie.

Mais pensez aux cas dans les CHSLD. Mardi, le ministre Dubé nous assurait que la situation était maîtrisée… en présentant une liste qui n’est pas à jour. Le Manoir Plaza, qui compte tout de même 28 cas, n’en recensait, selon cette liste, qu’un seul !

Pensez à la liste des écoles touchées, qui a dû être repensée quand un simple parent bénévole a pu faire mieux que l’armée de fonctionnaires à Québec.

Pensez au regroupement des cas par tranche d’âge de 10 ans, qui rend impossible l’élaboration d’un portrait juste. On met ainsi ensemble les 20-29 ans même si le comportement du jeune de 20 ans qui commence l’université et qui habite en ville avec ses parents n’a rien à voir avec celui du père de famille de 29 ans qui habite Sainte-Julie.

Et pensez à ces cas plus pernicieux encore qui donnent une fausse image de la réalité. Chaque jour, Québec présente un tableau dans lequel on retrouve le nombre de morts des 24 dernières heures. Hier, on en comptait deux.

Encore une fois, pas mal… jusqu’à ce que vous lisiez les petits caractères. Vous comprenez alors qu’il faut multiplier le chiffre par trois en raison de l’addition de morts passés.

Ce sont donc six morts qui se sont ajoutés au bilan hier. Même si ce chiffre n’apparaît pas dans le tableau.

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On comprend que la tâche est titanesque. Mais tout ceci suscite des points d’interrogation, ce qui est inquiétant dans un contexte où le gouvernement essaye de convaincre les récalcitrants de la pertinence de ses mesures sanitaires.

C’est comme si on ne s’était pas attardé à la fiabilité des données à venir lors de la préparation à la deuxième vague.

Or, rappelez-vous comment le gouvernement s’était fait critiquer à la mi-juin quand il a décidé unilatéralement de présenter les chiffres du Québec une fois par semaine plutôt qu’une fois par jour.

Pourquoi un tel ressac ? Parce que la confiance est fragile en pleine crise sanitaire. Mais surtout parce que la fiabilité et la crédibilité des chiffres sont d’une importance capitale pour une population à qui l’on demande d’énormes sacrifices.