Enlevons-nous une chose de la tête : un mois après la rentrée scolaire, nos écoles ne sont pas des foyers significatifs d’infection de la COVID-19.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

En fait, malgré tous les contacts qui s’y produisent, il faut cesser de voir nos écoles comme une menace à la communauté. Au contraire, c’est actuellement la transmission communautaire qui menace nos écoles.

En cette grisaille d’automne, alors qu’une bonne partie du Québec essuie une nouvelle pluie de mesures contraignantes, voir que le milieu scolaire ne jette pas d’huile sur le feu de l’épidémie est une rare bonne nouvelle.

Faut-il baisser la garde ? Bien sûr que non. Devrait-on mieux ventiler les écoles ? Absolument. La situation sera-t-elle complètement renversée dans un mois ? C’est possible. Ce virus nous a montré à quel point il ne faut rien tenir pour acquis.

Mais pour l’instant, compte tenu de l’importance de l’enjeu, on peut quand même se donner une petite tape (virtuelle) dans le dos.

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Vrai, la liste des écoles touchées par des cas de COVID-19 s’allonge sans cesse. Mais c’est inévitable quand le virus se répand dans la population.

En date de mardi, on dénombrait 1175 cas actifs parmi les 2997 écoles primaires et secondaires de la province. En divisant par le nombre d’élèves et de membres du personnel, ça fait 7,7 personnes infectées par 10 000 personnes – très près de la moyenne québécoise de 6,9 cas actifs par 10 000 personnes. Cela suggère que ce qui se passe dans les écoles est un reflet de ce qui se passe dans la société.

Chaque cas actif dans une école est une allumette susceptible de déclencher un feu. Sauf que, de façon générale, le feu ne prend pas.

Les 1175 cas actifs sont répartis dans 673 écoles – moins de deux cas, en moyenne, par école touchée. On a déjà vu des feux de brousse plus ardents.

PHOTO ERICK LABBÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Les 1175 cas actifs sont répartis dans 673 écoles – moins de deux cas, en moyenne, par école touchée, rappelle notre éditorialiste.

Vous n’êtes toujours pas convaincu ? Sachez alors que dans la majorité des écoles, s’il y a plus d’un cas de COVID-19, ils ne sont même pas liés. Ce sont simplement des enfants qui ont ramené la COVID-19 de la maison de façon indépendante. À l’échelle de la province, on ne compte actuellement que 46 éclosions en milieu scolaire, soit des endroits où on a démontré au moins une transmission survenue à l’école. C’est à peine 7 % des écoles touchées par des cas de COVID-19 et 1,5 % de toutes les écoles. Et la plupart du temps, ces éclosions sont rapidement maîtrisées.

Si l’immense majorité des cas de COVID-19 qu’on trouve dans les écoles n’ont pas été acquis à l’école, cela veut dire une chose : le nombre d’enfants touchés serait à peu près le même si le réseau scolaire était resté fermé.

Les cas dans les écoles sont-ils sous-rapportés ? Des tests aléatoires, comme le recommandent des chercheurs de McGill, permettraient d’en avoir le cœur net. Mais Marie-France Raynault, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, estime qu’il n’y a pas de raison de penser que les cas sont proportionnellement moins déclarés à l’école que dans le reste de la société. Elle rappelle que tous les élèves d’une classe sont testés s’ils ont été en contact étroit avec un camarade ou un professeur positif, et que c’est même souvent le cas de ceux qui ont pris le même autobus. Bref, on teste beaucoup dans le réseau.

Le succès actuel s’explique-t-il par le fait que les enfants transmettent moins le virus ? Par les mesures de protection inlassablement et vaillamment rappelées aux élèves par le personnel ? Par le fait qu’on ferme rapidement (et temporairement) les classes touchées ? C’est sans doute un peu tout ça.

Dans tous les cas, rien n’indique qu’il faille pour l’instant revoir de fond en comble nos façons d’enseigner en période de COVID-19. Ni paniquer en envoyant la puce ou fiston à l’école.