ACB va remplacer RBG à la Cour suprême des États-Unis.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Amy Coney Barrett ne siège pas encore qu’elle est déjà désignée par ses initiales dans les médias américains. Comme l’était Ruth Bader Ginsburg.

Elle est devenue une vedette instantanément. Pour les membres de la droite religieuse, à tout le moins.

Là s’arrêtent toutefois les comparaisons.

Amy Coney Barrett qui remplace Ruth Bader Ginsburg, c’est l’équivalent probable pour la société américaine de plaques tectoniques qui s’entrechoquent.

Mais c’est aussi le point culminant d’efforts visant à ramener Dieu au premier plan en politique américaine.

Piqués au vif par la révolution culturelle qui a transformé les États-Unis dans les années 1960 et 1970, de nombreux chrétiens qui s’opposaient à la libéralisation de la société ont entrepris de se mobiliser. Ils souhaitaient renforcer leur mouvement et son influence.

Et ça a fonctionné à merveille ! Le choix d’Amy Coney Barrett par Donald Trump — un président dont les valeurs semblent être à des années-lumière de celles de la droite religieuse — en est la preuve ultime.

PHOTO ERIC THAYER, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Le président Donald Trump s’exprimant devant des chrétiens évangéliques, dans une église de Miami, en janvier 2020

Ce mouvement est devenu « un acteur central du monde politique américain, au point d’être en mesure de prendre le contrôle du Parti républicain aux États-Unis », explique d’ailleurs le professeur de l’Université Concordia André Gagné dans un livre qui paraîtra sous peu au Québec, Ces évangéliques derrière Trump.

Leur objectif est de faire de leur interprétation des valeurs judéo-chrétiennes « le fondement de la loi du pays ».

On parle ici entre autres de « leur opposition à l’avortement, aux droits des personnes LGBTQ, aux cours d’éducation sexuelle », nous a expliqué le professeur Gagné en entrevue. « Et s’ils pouvaient ramener la prière et la lecture dévotionnelle de la Bible à l’école, ils le feraient. »

Avec l’arrivée prochaine d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême, la droite religieuse récolte ce qu’elle a lentement, mais passionnément semé au cours des dernières décennies.

D’autant plus que cette nomination survient après celles de deux autres juges choisis par Donald Trump, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh, qui ont eux aussi reçu la bénédiction de la droite chrétienne.

Amy Coney Barrett dira assurément, lorsqu’on l’interrogera au Congrès américain au cours des prochaines semaines, que ses convictions religieuses n’influenceront pas ses décisions. C’est ce qu’elle a déjà soutenu.

On a toutefois pu constater que ses votes sur la question de l’avortement n’ont pas déplu à ceux qui s’opposent à cette pratique, notamment au sein de la droite religieuse.

On notera aussi qu’elle a affirmé, lors d’un discours prononcé en 2006 devant des étudiants de l’Université Notre Dame, que le droit est « un moyen au service d’une cause ». Et pas n’importe laquelle. « Construire le Royaume de Dieu. »

Consultez le discours (en anglais)

Les exégètes de la Cour suprême des États-Unis diront que nous ne sommes pas à l’abri de surprises de sa part.

Que les décisions des juges nommés par des présidents républicains (y compris ceux choisis par Donald Trump) ne sont pas toujours cohérentes avec les idées défendues par ces politiciens.

C’est vrai. Mais ça l’est de moins en moins.

Au fil des ans, les présidents républicains choisissent leurs candidats après avoir étudié avec soin leurs antécédents.

George W. Bush avait dû, en 2005, retirer la candidature d’Harriet Miers notamment parce que ses positions sur certaines questions fondamentales inquiétaient la droite religieuse.

Donald Trump a vraisemblablement choisi Amy Coney Barrett pour limiter le plus possible d’éventuelles surprises.

Ajoutons qu’à quelques semaines de l’élection, c’est pour lui un cadeau du ciel.

Ça ne peut que renforcer la foi des membres de la droite chrétienne à son égard. Certains estimaient déjà, avant même la nomination d’Amy Coney Barrett, qu’il était un élu de Dieu, rappelle le professeur Gagné dans son essai.

Quelle ironie ! Donald Trump passera à l’histoire comme un pilier de la droite religieuse américaine.

L’œuvre de Dieu ? Permettez-nous, respectueusement, d’en douter.