On ne va pas jouer ici à faire peur au monde : Montréal demeure une des grandes villes les plus sécuritaires en Amérique du Nord.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Mais on ne va pas non plus se bercer d’illusions : le problème de la violence armée est en hausse et la situation est inquiétante. Jouer à l’autruche n’est pas une option.

La fusillade dans le Vieux-Montréal dans la nuit de samedi à dimanche a frappé les esprits. Une trentaine de coups de feu tirés, c’est chose rare. Heureusement.

De fait, la fusillade lors de laquelle un policier et trois civils ont été blessés est troublante. Mais ce qui l’est encore plus, c’est le fait qu’il y a eu à Montréal 43 évènements impliquant une arme à feu du 8 juin au 29 août.

PHOTO OLIVIER JEAN, LAPRESSE

Un échange de coups de feu d’une rare intensité est survenu dans la nuit de dimanche entre un suspect et des policiers dans le Vieux-Montréal.

Il est trop tôt pour appuyer sur le bouton d’alarme. Impossible pour l’instant de savoir si on fait face à une tendance lourde. À un changement permanent. Le nombre de ces évènements, depuis le début de l’année, se chiffre à 241. Il était de 197 l’an dernier et de 256 en 2018.

Mais observer le cours des évènements les bras croisés pour déterminer s’il y en aura plus cette année qu’il y a deux ans serait une très mauvaise idée. D’autant plus qu’un spectre plane sur Montréal : celui de Toronto.

Dans la Ville Reine, les fusillades sont désormais monnaie courante. Si quelqu’un parle d’épidémie dans cette métropole, il peut faire référence au coronavirus, mais il pourrait aussi évoquer la violence armée !

On ne va pas faire d’amalgame ici. Montréal n’est pas Toronto. Mais nous ne sommes pas non plus à l’abri d’un tel glissement.

D’ailleurs, le nombre d’armes en circulation aurait, semble-t-il, connu une franche augmentation à Montréal, si on se fie au nombre de saisies en 2020.

Tout ça est d’autant plus préoccupant qu’une question lancinante se pose : et si une « culture des armes à feu dérivée des modèles américain, antillais et latino, où l’on brandit une arme pour montrer sa puissance » était en train de s’installer dans la métropole ?

L’hypothèse a été émise par le criminologue Marc Ouimet, interviewé l’automne dernier par notre journaliste Daniel Renaud.

Au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), on constate en effet une tendance récente au sein des groupes criminels à « utiliser des armes à feu pour faire passer des messages ».

Alors, une fois ces constats faits avec les bémols qui s’imposent, on fait quoi ?

Mettre sur pied un programme efficace de réduction de la violence armée est une entreprise hautement complexe.

À court terme, la stratégie mise de l’avant semble être la bonne. Davantage de policiers seront déployés dans les quartiers où la violence armée est en hausse, parallèlement aux opérations déjà en cours. Le ciblage est plus efficace que le saupoudrage.

À long terme, toutefois, certaines questions se posent.

– Des lacunes liées aux changements dans les structures du SPVM ces dernières années ont éloigné des enquêteurs du terrain. Quand seront-elles entièrement corrigées ?

– Jusqu’à quel point y a-t-il eu, parallèlement, un changement de culture ? Le réseau de vigilance construit en partenariat avec diverses communautés et partenaires est-il toujours une priorité pour le SPVM ?

– Est-ce que les efforts faits pour limiter le profilage racial peuvent freiner certaines interventions des forces de l’ordre ? Des criminologues, notamment, se posent la question.

– À quand l’intervention tant attendue d’Ottawa pour assurer un meilleur contrôle des armes à feu, et surtout, quelle forme va-t-elle prendre ?

Dans le doute quant à savoir si la violence armée va connaître une hausse durable à Montréal, on aurait tout avantage à agir avec fermeté pour être bien certain que ce ne soit pas le cas.