Décidément, Facebook n’aura jamais fini de nous décevoir.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

On sait que le réseau social s’est toujours traîné les pieds quant à la lutte contre la désinformation. Or, voilà qu’il menace maintenant de se battre avec vigueur… contre l’information.

Ce scénario absurde se déroule en Australie (et a été dénoncé par le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, on y reviendra plus loin), où le gouvernement vient de déposer un projet de loi qui vise à forcer les géants du web à rémunérer les médias dont ils repiquent le contenu depuis de nombreuses années.

Facebook avait essentiellement deux choix.

1. Dénoncer l’initiative.

2. Faire son mea culpa et reconnaître que l’heure est venue de se racheter pour tout le mal que le réseau a fait aux médias en les cannibalisant.

L’entreprise de Mark Zuckerberg a choisi une troisième voie : la fuite en avant !

Elle a répliqué par un odieux chantage : elle empêchera le partage de nouvelles sur son réseau si le gouvernement n’abandonne pas cette idée.

C’est « la seule manière de se protéger contre une conséquence qui défie toute logique », a soutenu Facebook.

PHOTO MANJUNATH KIRAN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

« L’heure est venue, pour ceux qui osent tenir tête à Facebook, de se serrer les coudes », juge notre éditorialiste.

Vous permettez qu’on analyse cette déclaration ? Qu’on réfléchisse un peu, tous ensemble, à ce qui, véritablement, « défie toute logique » ?

N’est-ce pas plutôt la façon dont Facebook s’est toujours comportée avec les médias et leur contenu qui n’a aucun sens ?

N’est-ce pas son attitude à l’égard de l’information, considérée par l’entreprise comme une marchandise comme une autre, qui est illogique ? Et le fait que la vérité, pour Facebook, semble moins importante que le profit ?

N’est-ce pas la façon, aussi, dont Facebook se comporte avec ceux qui osent remettre en question son mode de fonctionnement qui pose problème ? Y compris les gouvernements, qui commencent enfin à tenter d’encadrer ces entreprises supranationales que sont les géants du numérique et qui s’estiment au-dessus des lois.

Les dirigeants de Facebook devraient se regarder plus souvent dans un miroir. C’est leur modèle qui défie toute logique.

Ce qui se passe en Australie n’est pas seulement pertinent parce que ça en dit long sur la vraie nature de Facebook, mais aussi parce que nous pourrions bientôt goûter à la même médecine.

À Ottawa, on est en train de se pencher sur la « rémunération appropriée des contenus d’information », a confirmé il y a quelques jours le ministre Guilbeault.

Le soutien qu’il a apporté publiquement au gouvernement australien dans son bras de fer avec Facebook n’est pas innocent. L’heure est venue, pour ceux qui osent tenir tête à Facebook, de se serrer les coudes.

Le projet de créer un « cadre réglementaire numérique complet et plus équitable au Canada », tel qu’évoqué par le ministre Guilbeault, a été retardé en raison de la pandémie, mais il est toujours vivant.

Le terrain a déjà été déblayé de belle façon par le Groupe d’examen du cadre législatif en matière de radiodiffusion et de télécommunications, qui a publié en janvier dernier son rapport au sujet de l’avenir des communications au Canada.

On y souligne que des redevances versées par les géants du numérique pourraient « soutenir à long terme l’objectif visant à assurer l’existence d’une vaste gamme de sources de nouvelles fiables, exactes et dignes de confiance ».

Mais le plus dur reste à faire. Le ministre Guilbeault contre Facebook et les autres géants du numérique, qui peuvent compter sur l’appui de Donald Trump, c’est un scénario à la David contre Goliath.

Il y en aura ici aussi, du chantage et des menaces.

Et les risques sont élevés.

Il reste à espérer qu’on ait, à Ottawa, les nerfs assez solides. Et qu’on se rappelle qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.