Il est encore trop tôt pour mesurer les dégâts de la COVID-19 sur les finances publiques, mais on peut à tout le moins entrevoir deux pièges à éviter : le dogme des cibles de réduction de déficit et de dette, et le yo-yo dans les cycles de compressions et de dépenses.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Pour l’instant, le ministre des Finances, Eric Girard, est rassurant. Dans sa mise à jour économique, il promet de ne pas hausser le fardeau fiscal et de ne pas sabrer les dépenses. Et il se montre ouvert à revoir la cible de réduction de la dette.

Tant mieux, mais le plus difficile reste à venir. C’est dans les prochains mois que ces intentions devront se traduire en décisions.

La loi sur la réduction de la dette date de 2006. Elle ciblait des objectifs pour 2026 – réduire la dette brute à 45 % du PIB.

Cette cible a été atteinte l’année dernière, avant que la crise sanitaire ne nous en éloigne à nouveau. Depuis, le Québec s’est engagé dans un nouveau cycle économique. Ces deux raisons militent pour que le Québec se donne un nouvel objectif de dette, ce à quoi M. Girard se montre ouvert.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre des Finances, Eric Girard, promet de ne pas hausser le fardeau fiscal ou de ne pas sabrer les dépenses.

Certes, le Québec n’est plus la province la plus endettée, et n’a pas subi de décote depuis la COVID-19. Le service de la dette demeure toutefois notre troisième poste de dépenses.

Il serait absurde de renoncer à des investissements nécessaires en éducation, santé et transports collectifs pour atteindre un ratio lancé il y a près de deux décennies.

Le choix du taux de 45 % comporte une part d’arbitraire. L’important, c’est moins la cible elle-même que le fait de se donner une cible. On attend du ministre qu’il se donne un objectif puis établisse un plan cohérent pour y arriver, et s’ajuste en cours de route si des circonstances exceptionnelles le justifient.

En d’autres mots, on s’attend à ce que le Québec n’imite pas Ottawa.

Peu après son élection en 2015, le gouvernement Trudeau avait renoncé à l’équilibre budgétaire promis, en donnant des raisons discutables – stimuler une économie pourtant déjà en pleine croissance. Et le fédéral ne se donnait plus d’échéancier. Il n’y a aucun incitatif pour contrôler les dépenses. Si les finances publiques fédérales restent saines, c’est parce qu’elles étaient en très bon état à l’arrivée de M.  Trudeau.

Au Québec, la marge de manœuvre sera moins grande, à cause entre autres du choc démographique à venir, qui affecte surtout les compétences provinciales comme la santé.

Les caquistes croient pouvoir équilibrer le budget d’ici trois à cinq ans, sans baisser les dépenses ou hausser les taxes et impôts. Ils misent sur la croissance économique pour combler graduellement le manque à gagner. Le plan pourrait fonctionner… ou pas. Cela dépend en bonne partie de l’évolution de la COVID-19 et de la seconde vague appréhendée.

Dans les prochains mois, M. Girard devra réfléchir aux objectifs en matière de déficit et de dette, ainsi qu’à l’avenir du Fonds des générations. En ayant assez de souplesse pour ne pas administrer au patient un électrochoc qui l’empêchera de se relever.