Une trentaine de médecins appellent Québec à imposer le masque dans les lieux publics fermés où la distanciation physique est impossible à assurer, notamment dans les commerces et les cinémas.

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

Ils ont raison. Et il n’est pas trop tard pour les écouter.

Selon les experts, le port du masque est un moyen efficace pour freiner la propagation de la COVID-19 s’il est utilisé par au moins 80 % de la population.

C’est que le masque fonctionne sur le principe de réciprocité. On le porte pour ne pas contaminer la personne croisée de trop près. Et on espère qu’elle le portera aussi pour ne pas nous contaminer.

Il suffit de faire un tour dans le métro et dans les supermarchés montréalais pour comprendre qu’on est loin, très loin du compte. Et que la proportion de passagers ou de clients « masqués » est plus près de 20 % que de la vaste majorité.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

« Le port du masque s’impose particulièrement aujourd’hui, en cette délicate période de déconfinement », écrit Agnès Gruda.

Après avoir rejeté le port du masque sous prétexte qu’il risquait de procurer un faux sentiment de sécurité, le directeur de la Santé publique Horacio Arruda a fini par rejoindre la majorité des voix d’autorités en la matière. Depuis quelques semaines, il le « recommande fortement. »

Mais on n’a qu’à regarder autour de nous pour comprendre que le message ne passe pas. Il faut donc une méthode plus musclée.

Le port du masque s’impose particulièrement aujourd’hui, en cette délicate période de déconfinement. On ne compte plus les lieux publics qui ont ouvert ou s’apprêtent à ouvrir leurs portes : cinémas, petites salles de spectacle, salles d’entraînement, lieux de culte, etc.

Pour minimiser les risques associés à ces libertés retrouvées, Québec a annoncé de nouvelles règles de distanciation physique… à peu près impraticables. Ainsi, au cinéma, il faudra maintenir une distance de 1,5 mètre avec notre voisin de rangée, mais lors des entrées et des sorties de salle, il faudra en rester à deux mètres.

Pas sûr que les cinéphiles sont en mesure d’estimer la différence à l’œil. S’ils étaient tenus de porter un masque, ils pourraient laisser tomber le galon à mesurer ! Le déconfinement serait infiniment plus simple et plus sécuritaire.

Le port obligatoire du masque nous obligerait aussi à nous rappeler que même si la vie revient presque à la normale, le coronavirus n’a pas dit son dernier mot. Au contraire. En Chine, il vient de se manifester dans la capitale qui avait été épargnée cet hiver. Le pays n’a d’ailleurs pas hésité à boucler quelques quartiers à triple tour, après l’apparition de quelques dizaines de cas.

Plus près de nous, des États américains, en plein déconfinement, connaissent un inquiétant rebond de contagion.

Le Québec, qui enregistre encore une centaine de nouveaux cas quotidiens, n’est pas à l’abri d’une nouvelle flambée. Après trois mois de vie d’ermite, et avec le beau temps, il est normal de ne pas avoir trop envie d’y penser. Mais si on veut déconfiner en paix, la manière la plus simple de prévenir une nouvelle vague de contagion, c’est encore le port généralisé du masque dans les lieux fermés.

Nos médecins les plus réputés, ceux que nous avons consultés pendant toute la pandémie, les Karl Weiss, Nimâ Machouf, Caroline Quach Thanh, Alain Vadeboncœur, sans oublier l’ex-présidente de Médecins sans frontières Joanne Liu, sont unanimes là-dessus. Il n’y a aucune raison de ne pas les écouter.

Toronto et Ottawa ont imposé le port du masque dans les transports en commun. L’Organisation mondiale de la santé, qui était réticente à aller en ce sens à un moment où la planète souffrait d’une pénurie de masques, a changé son discours depuis. De nouvelles recherches démontrent en plus que les masques maison largement disponibles permettent de faire barrière au virus.

Le dernier argument brandi par Québec pour rejeter l’imposition du port du masque est la difficulté de mettre en place une telle politique. Après tout, nous dit-on, on ne créera pas une police du masque.

Pourtant, quand il était question de faire respecter les règles de distanciation dans les parcs, on n’a pas hésité à brandir la menace d’amendes salées. Sur le coup, la méthode s’était avérée efficace.

Imposer le masque, cela ne signifie pas qu’on traitera tous les récalcitrants comme de dangereux criminels. Mais plutôt que l’État juge le port du masque suffisamment important pour mettre tout son poids derrière cette pratique.