Dès la fin mars, le ministre de l’Éducation de l’Ontario a annoncé un plan d’enseignement à distance permettant aux élèves du primaire et du secondaire de reprendre, de loin, les études interrompues par l’épidémie de COVID-19.

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

Une semaine plus tard, la Commission scolaire de Toronto a lancé un programme de distribution de tablettes numériques dotées d’un accès aux données sans fil. La semaine suivante, c’est le gouvernement provincial qui a entrepris de distribuer 20 000 tablettes de plus, grâce auxquelles une majorité d’élèves ont pu rapidement prendre le train de l’enseignement à distance.

En France, c’est le Centre national d’enseignement à distance qui a pris les rênes de l’opération « cours en ligne ». Une semaine après la fermeture des écoles, la vaste majorité des élèves du primaire et du secondaire avaient pu reprendre le fil de leurs études.

Au Québec, le programme de distribution de matériel informatique peinait encore à se finaliser vers la fin mai, soit plus de deux mois après le début du confinement.

Le ministre Jean-François Roberge a été forcé d’admettre que ce programme, annoncé tardivement, connaissait des ratés. Et des échos du terrain faisaient état de dilemmes cruels que ces ratés imposent aux enseignants : devant l’insuffisance de matériel informatique, certains étaient réduits à le refuser aux élèves jugés trop faibles pour réussir !

Pendant ce temps, les cours à distance allaient bon train dans une majorité d’écoles secondaires privées, dont les élèves possèdent des tablettes ou ordinateurs personnels, fournis par l’école et payés par les parents.

PHOTO AARON FAVILA, ASSOCIATED PRESS

Cybergraduation en temps de coronavirus dans une école de Manille, aux Philippines

Le Parti québécois et Québec solidaire ont raison de montrer du doigt l’inégalité dans laquelle sont placés les plus défavorisés parmi les élèves du public.

La pandémie n’est pas terminée. Fort probablement, il y aura encore une composante « à distance » dans les programmes scolaires, particulièrement au secondaire, à la rentrée – idéalement le moins possible.

Mais même sans pandémie, ces derniers mois nous auront montré la profondeur du fossé numérique entre les élèves les plus fortunés et les plus pauvres. Ceux du privé, contre ceux du public régulier.

Ce n’est pas tout le monde, aujourd’hui, qui a accès à l’internet haute vitesse à la maison. Pas seulement faute de moyens financiers.

Il y a des endroits à une heure de Montréal où l’internet est toujours inaccessible ! Québec vient d’ailleurs d’annoncer un plan pour corriger cette anomalie. Il est plus que temps.

Ce ne sont pas non plus toutes les familles qui possèdent un ordinateur capable de gérer des applications lourdes comme Zoom ou Teams. Et quand elles en ont un, la compétition peut être féroce entre frères et sœurs, et parents qui télétravaillent…

Le télétravail risque de se poursuivre pendant encore un bon moment. Même chose, du moins en partie, pour l’enseignement donné partiellement à distance par des écoles déconfinées. Et encore plus en cas d’une deuxième vague de COVID-19.

Mais même sans une deuxième vague, l’épidémie nous aura permis de voir qu’une fracture numérique abyssale divise les élèves québécois en deux groupes. Ceux qui ont accès à un ordinateur portable ou une tablette. Et ceux qui n’en ont pas.

Les premiers jouissent d’une avance technologique inappréciable sur les seconds… Au moment où nous entrons dans la troisième décennie du 21e siècle, ce fossé technologique crée une injustice inacceptable.

L’épidémie de COVID-19 nous aura forcés à prendre la mesure de ce fossé. Le moment est bien choisi pour commencer à le combler. En nous assurant qu’à la rentrée, chaque élève dispose de tous les outils nécessaires pour pouvoir profiter des avantages pédagogiques qu’offre la technologie de l’enseignement – avec ou sans pandémie.