Le sujet revient souvent tant lors des conférences de presse du premier ministre que dans la liste des doléances des médecins : certains médicaments cruciaux pour lutter contre ce sale virus se font rares. On craint les pénuries.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

À ce stade-ci de la crise, évidemment, on doit éteindre les feux. On se démène actuellement pour y parvenir. On trouve notamment des solutions de rechange à certains médicaments qui s’épuisent rapidement. Et on tente d’en acheter et d’en produire davantage, autant que faire se peut.

On aurait tort, par contre, de ne pas en profiter dès maintenant pour réfléchir aux façons de se prémunir, à l’avenir, contre un tel problème. Il y a déjà d’importantes leçons à tirer de la crise en cours.

L’une des plus fondamentales concerne le stockage des médicaments. Un changement de mentalité va être nécessaire. Parce que jusqu’ici, on avait tendance à tenir tête aux acteurs du réseau – des pharmaciens d’hôpitaux, par exemple – qui voulaient se comporter comme la fourmi (et non la cigale) dans la fable de La Fontaine et souhaitaient stocker pour « subsister ».

Stocker des médicaments, donc, est une riche idée à laquelle on a trop souvent tourné le dos lorsque l’abondance était la norme. C’est d’autant plus étonnant – et condamnable – qu’il y a eu d’autres pénuries ces dernières années (notamment en 2012, où certains hôpitaux ont même dû reporter des interventions chirurgicales).

Fournisseurs, pharmacies, hôpitaux… les médicaments qui sont jugés critiques lors de telles crises devraient être mis en réserve, au Québec, pour plusieurs semaines.

L’heure n’est pas à méditer la chose, mais plutôt à prévoir les paramètres. Se donner des cibles : identifier les médicaments essentiels et la taille des réserves nécessaires. Parallèlement, un outil de gestion de ces stocks à la grandeur de la province devrait également être envisagé.

Entendons-nous dès maintenant là-dessus, mais convenons, cependant, que ce n’est pas suffisant. Car il s’est produit, dans le secteur du médicament, exactement le même phénomène que dans celui de la production d’équipement médical au cours des dernières décennies.

Mondialisation a rimé avec délocalisation. Et comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, nous sommes devenus dépendants de pays où la main-d’œuvre coûte une fraction de ce qu’elle vaut ici.

La Chine n’est pas seulement l’usine du monde, c’est aussi, de plus en plus, la pharmacie de la planète. Les médicaments qu’on achète ici ou les ingrédients actifs utilisés pour les concevoir seraient désormais, en majorité, produits en Chine (et, dans une moindre mesure, en Inde).

PHOTO GEORGES GOBET, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

« Que la Chine soit devenue notre pharmacie principale est troublant », juge notre éditorialiste.

Ce n’est pas d’hier que certains sonnent l’alarme. Notre journaliste Philippe Mercure avait publié un dossier étoffé à ce sujet l’an dernier. Mais à l’époque, ce n’était pas jugé prioritaire. Il faut dire que l’approvisionnement en médicaments au pays n’était pas un sujet dont on discutait avec enthousiasme autour de la table à l’heure du souper.

Il est urgent pour nos gouvernements de trouver des façons de modifier les critères d’achat dans le but de stimuler davantage la production locale. Le prix ne doit plus être la seule chose qui entre en considération.

Plusieurs pistes sont à explorer et l’apport de Québec solidaire à ces débats ne devrait pas être négligé. La formation politique réfléchit à ces questions depuis longtemps, ayant proposé la création d’une « société d’État visant à rendre le Québec autosuffisant en matière de médicaments, de vaccins et d’équipement médical » il y a déjà près de 15 ans.

Il n’est plus possible, désormais, de remettre à plus tard les initiatives qui pourraient changer la donne. Que la Chine soit devenue notre pharmacie principale est troublant. Dépendre autant de ce pays pour notre approvisionnement, on s’en rend bien compte dans les circonstances, est intenable.