On ne voudrait pas accabler Justin Trudeau davantage au moment où il doit s’isoler en raison du virus contracté par sa femme, mais la question de son leadership se pose.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Encore une fois.

Alors que les provinces les plus proactives dont le Québec multiplient les mesures contraignantes, les appels au calme et les points de presse quotidiens en réaction à la propagation du coronavirus, le premier ministre Trudeau semble à la remorque. Réagissant mollement. Tardivement. Et sans conviction.

On pourrait penser que son isolement préventif, qui le force à télétravailler de la maison, explique en partie cette situation. Mais soyons honnêtes, la réaction de son gouvernement est souvent lente et timide, peu importe la crise.

La plupart du temps, on a l’impression que le fédéral n’est en contrôle ni de la situation ni du message.

Il semble constamment en mode réactif, en retard de quelques jours. Il semble incapable de prendre les décisions rapidement… ou carrément de prendre des décisions.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER DU PREMIER MINISTRE DU CANADA

Justin Trudeau en isolement à la maison, à Ottawa

Prenez les points de presse des derniers jours. Un indice trahit le problème : il y a toujours plus de questions après qu’avant ! Comme hier.

Pourquoi Trudeau, par exemple, ne se fait-il pas tester pour la COVID-19, sachant que la question est posée tous les jours à Trump depuis qu’il a choisi la même stratégie ? Vrai, les médecins ne recommandent pas de test en absence de symptômes, mais on parle quand même ici du premier ministre ! L’importance du message envoyé commande une décision politique, même si elle contredit l’avis médical.

Pourquoi n’y a-t-il pas plus de représentants du fédéral dans les aéroports du pays pour accueillir les voyageurs, les sensibiliser et les renseigner, sachant qu’à elle seule, une forte présence enverrait un puissant message de santé publique ? Il est tout de même étonnant que d’un côté, on demande aux visiteurs de se placer en quarantaine volontaire, et de l’autre, on les laisse entrer au pays comme si de rien n’était. En leur tendant simplement une brochure…

Pourquoi avoir annulé la conférence avec les premiers ministres qui devait se tenir jeudi, au moment où on en avait le plus besoin, sachant que Trudeau pouvait avoir recours à la vidéoconférence comme bien du monde le fera dans les prochaines semaines ?

Oui, le premier ministre a parlé à ses homologues au téléphone hier, mais il a ainsi perdu 24 précieuses heures. Et ce n’est d’ailleurs qu’hier qu’il a lancé l’idée d’une approche commune des provinces. Pas trop tôt !

Et sur le plan plus personnel, une dernière question, plus brutale : pourquoi Justin Trudeau semble-t-il toujours aussi abattu depuis son élection, comme s’il n’était pas vraiment là ? Comme s’il était miné par les crises à répétition depuis janvier.

Pour se convaincre du manque de leadership de Trudeau, il suffit de jeter un œil à Québec, où François Legault fait à nouveau preuve de son talent en gestion de crise.

À la manière du tandem Bouchard-Caillé lors de la crise du verglas, François Legault, Horacio Arruda et Danielle McCann présentent un virage rassurant. Ils se tiennent loin des phrases creuses et génériques de Trudeau, ils sont concrets, ils parlent vrai, avec conviction.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Horacio Arruda, directeur national de la santé publique, François Legault, premier ministre du Québec, et Danielle McCann, ministre de la Santé

« Je suis conscient que je vous en demande beaucoup, a lancé hier M. Legault. Les mesures qu’on prend sont fortes et vont occasionner beaucoup de perturbations. On le fait pour que le pire n’arrive pas. On ne lâche pas. On se serre les coudes. On va passer au travers. »

Le mot d’ordre à Québec est simple et efficace : mieux vaut en faire trop que pas assez. D’où ces décisions fortes et courageuses, prises rapidement : décourager les rassemblements de plus de 250 personnes, fermer les écoles et les garderies, etc.

Progressivement, un jour à la fois, on met la société en dormance pour que « le pire n’arrive pas », alors qu’Ottawa semble agir seulement quand il est forcé de le faire.

Lorsque l’on parle à différentes personnes au fait des approches respectives du provincial et du fédéral, une hypothèse se dégage : à Québec, le politique a pris le leadership, alors qu’à Ottawa, la fonction publique semble avoir le dessus. Avec ce que cela implique possiblement de validation, de survalidation et de sursurvalidation…

Mais ce faisant, devant une crise qui commande une réaction rapide, quotidienne et forte, le fédéral joue de prudence. Une prudence qui est bien mauvaise conseillère dans les circonstances.