L’« entente du siècle ». Une « vision pour la paix, la prospérité et un avenir rayonnant ». « La meilleure, la plus réaliste et la plus atteignable des solutions. »

Laura-Julie Perreault
Laura-Julie Perreault La Presse

Aucun superlatif ne semblait suffisant cette semaine lorsque Donald Trump a présenté son « plan de paix » censé mettre un terme au conflit israélo-palestinien, qui dure depuis plus de sept décennies, en mettant sur pied un État palestinien vivant en harmonie aux côtés d’Israël.

Pourtant, en lisant De la paix à la prospérité, le document de 181 pages préparé par la Maison-Blanche, on a surtout une pressante envie de prendre un stylo rouge pour modifier le vocabulaire utilisé tellement il est loin de la réalité.

PHOTO JOSHUA ROBERTS, REUTERS

Donald Trump et Benyamin Nétanyahou, le 28 janvier à la Maison-Blanche

L’« entente » du siècle ? On se demande bien de quelle entente il est ici question si on définit ce mot comme étant un accord entre deux ou plusieurs entités. 

L’administration Trump a beau avoir passé trois ans à fignoler sa proposition, elle n’a trouvé ni le temps ni le moyen d’impliquer une des deux parties du conflit, les Palestiniens.

Le document semble surtout montrer la « bonne entente » entre la Maison-Blanche et Benyamin Nétanyahou. On y retrouve presque intégralement la liste de souhaits du politicien israélien qui tentera de se faire réélire le 2 mars :  le contrôle israélien de la vallée du Jourdain actuellement en Cisjordanie, la légalisation des colonies juives en territoires occupés, la disparition du droit de retour pour les réfugiés palestiniens et le contrôle total de Jérusalem et des sites religieux par Israël.

Et qu’y trouve-t-on pour les Palestiniens ? La promesse de la création d’un État semi-indépendant démilitarisé et tronqué de 30 % de son territoire actuel, une capitale dans la banlieue est de Jérusalem, un tunnel ou un pont qui relierait Gaza et la Cisjordanie, les deux enclaves palestiniennes actuelles, ainsi qu’un plan de développement économique basé sur la promesse d’investissements éventuels, mais non garantis de 50 milliards.

Pour obtenir cela, les Palestiniens doivent montrer patte blanche : désarmer le Hamas, combattre la corruption, se doter d’une gouvernance à toute épreuve. Un faux pas et Israël aurait le droit de faire demi-tour, peut-on lire dans le plan américain.

Le « deal du siècle », donc ? On pourrait plutôt parler d’un « plan de reddition » palestinien. Ce n’est pas une surprise que l’Autorité palestinienne ait repoussé le tout d’un revers de la main.

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Les Palestiniens ne sont pas les seuls à avoir roulé les yeux jusque dans le fond de la tête. L’ancien premier ministre israélien Ehoud Olmert, dans une lettre ouverte publiée dans le Jerusalem Post, est tout aussi sceptique. Selon l’ancien leader issu du même parti que Nétanyahou, la proposition trumpienne n’est même pas « une base pour commencer une négociation » et encore moins « une recette pour la réconciliation historique entre [les Israéliens] et les Palestiniens », a écrit l’ancien politicien, qui craint plutôt une détérioration de la situation.

Même son de cloche de Daniel Levy qui, au nom d’Israël, a pris part aux négociations de paix aux côtés d’Yitzhak Rabin à l’époque des accords d’Oslo. « N’appelez pas ceci un plan de paix », dit-il d’entrée de jeu, notant ensuite qu’aucune concession n’est demandée à Israël alors que les termes de l’accord proposé sont une « humiliation » pour le côté palestinien.

Les deux hommes rejettent l’idée que le plan est « pro-israélien », mais affirment qu’il sert plutôt les intérêts d’un seul courant politique.

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Moins d’une semaine après sa présentation, le grand plan de Donald Trump, piloté par son gendre Jared Kushner, semble déjà mort-né.

Et il est plus facile que jamais d’en voir la vraie nature : une distraction. À la fois pour un président américain qui est en pleine procédure de destitution, et un politicien israélien qui fait face à des accusations de corruption et a besoin d’un coup de pouce pour sortir d’une impasse politique qui dure depuis près de neuf mois.

Tout cela n’a pas échappé à une bonne partie de la communauté internationale, dont le Canada. Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, est resté poli, mais n’a pas manqué de rappeler que la paix ne peut être négociée qu’entre les deux parties à un conflit. Ça semble élémentaire.

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Espérons maintenant que cette même communauté internationale restera vigilante dans les mois à venir, car aussi boiteux soit-il, le plan de Trump a ouvert une voie dangereuse. Il a à la fois donné un air de légitimité à certaines visées de Benyamin Nétanyahou, qui aimerait annexer la vallée du Jourdain le plus rapidement possible. Et il a relégué le camp palestinien au rôle de la victime acculée au mur.

Au bout du compte, ce faux plan de paix pourrait bien finir par remettre le feu à de la vraie poudre.

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