Sur la question du vapotage et de la vulnérabilité de nos ados, Santé Canada commence enfin à se réveiller !

Sur la question du vapotage et de la vulnérabilité de nos ados, Santé Canada commence enfin à se réveiller !

Aux États-Unis, on avait sonné l'alarme dès l'an dernier quant à l'explosion du vapotage chez les jeunes. La Food and Drug Administration (FDA, équivalent américain de Santé Canada) avait lancé un sévère avertissement aux fabricants et proposé une série de mesures pour mieux encadrer la pratique.

Au Canada ? Pfft... Santé Canada était pendant ce temps, pour ainsi dire, aux abonnés absents. Du genre : circulez, y'a rien à voir...

Ça vient de changer. Ottawa a publié le mois dernier un avis d'intention dans le but de restreindre les publicités de cigarettes électroniques qui visent les jeunes. Parallèlement, une nouvelle campagne de sensibilisation a été lancée.

Ça demeure insuffisant. Mais c'est mieux que la situation qui a cours actuellement et qui laisse pratiquement le champ libre à l'industrie du vapotage pour séduire les ados et les attraper dans ses filets.

Santé Canada n'a pas encore diffusé de données récentes sur ce phénomène. Mais un professeur de l'Université de Waterloo, David Hammond, a commencé à le documenter et estime que le vapotage est en train de faire ici aussi une percée fulgurante chez les jeunes.

Plusieurs reportages l'ont d'ailleurs démontré. On a par exemple rapporté le mois dernier que le Collège Citoyen de Laval a expulsé six élèves qui vendaient des vapoteuses sur le campus. Dans cet établissement, la popularité du vapotage était devenue indéniable : « Ça devenait de plus en plus fréquent de constater que les élèves utilisaient ces accessoires sur le campus ou ailleurs sur le chemin de l'école. Les élèves semblaient trouver ça anodin et banal », a dit la directrice de ce collège privé, Myriam Stephens, citée pas notre journaliste Tristan Péloquin.

Ça n'a pourtant rien d'anodin. Les cigarettes électroniques créent la dépendance et certaines, comme la Juul, ont un taux de nicotine nettement plus élevé que la moyenne. Les adolescents, comme dans le cas du tabac, peuvent rapidement devenir accros à ces produits. Aux États-Unis, des parents désespérés contactent des spécialistes et se font hélas répondre qu'il n'existe pas encore véritablement de traitement approprié pour ces jeunes, a rapporté la semaine dernière le magazine Time.

Par ailleurs, si l'on sait que les vapoteuses sont moins toxiques que la cigarette, il est clair que la nicotine n'est pas sans danger. Elle peut notamment avoir des effets négatifs sur le développement du cerveau des adolescents et des jeunes adultes.

Pourtant, si les jeunes ont visiblement compris à quel point le tabac est dangereux, ils semblent croire que le vapotage est non seulement banal, mais carrément cool ! Plusieurs ne savent même pas que les vapoteuses contiennent de la nicotine.

De toute évidence, sur le plan de la santé publique, il y a urgence.

Nos autorités auraient tout avantage à s'inspirer des succès de leur lutte contre le tabagisme pour freiner ce qu'on a déjà qualifié aux États-Unis d'« épidémie » de vapotage.

Or, si on a commencé à bouger à Ottawa, il n'est pas encore certain qu'on va agir rapidement. Santé Canada n'a pas l'intention de légiférer au sujet de la publicité, mais plutôt d'utiliser la voie réglementaire. C'est généralement plus long, soulignent les militants antitabac, qui s'en inquiètent. « Dans le cas du tabac, on n'a jamais vu ce processus prendre moins de deux ans. Et normalement, ça en prend quatre », nous a expliqué la codirectrice de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, Flory Doucas.

Et n'oublions pas qu'on parle uniquement, pour l'instant, de mieux encadrer la publicité. Pour ce qui est d'éventuelles mesures concernant par exemple les saveurs de ces produits, leur teneur en nicotine et leur apparence, Santé Canada promet de lancer sous peu des consultations. Permettez-nous de manifester une méfiance certaine devant un échéancier si flou.

Forcées d'admettre qu'elles devaient réagir quant à la popularité du vapotage chez les jeunes, les autorités fédérales doivent maintenant passer au plus vite à la deuxième étape : réaliser que le temps presse.