Depuis la fondation de la Coalition avenir Québec, François Legault répète que son nouveau parti n'est pas à gauche ni à droite. En lisant son premier budget, on comprend pourquoi.

PAUL JOURNET LA PRESSE

Ceux qui croyaient au bonhomme Sept-Heures seront déçus. Le parti de M. Legault confirme qu'il est bel et bien une coalition. Son budget contient des éléments qui auraient pu figurer dans un document libéral, péquiste ou même adéquiste. Le tout rebrassé à la sauce caquiste.

La CAQ façonne lentement sa propre marque politique. C'est celle d'un gouvernement qui n'hésite pas à dépenser pour développer les services publics et prioriser l'éducation. Et qui en même temps reste prudent avec les finances publiques.

Mais la marque caquiste, c'est également celle d'un gouvernement qui reste parfois brouillon dans le détail et qui cède à un certain clientélisme avec des cadeaux fiscaux comme la taxe scolaire.

Cette année, les dépenses augmenteront de 5 % en éducation et de 5,4 % en santé. C'est un rythme encore plus rapide que dans le dernier budget libéral.

Il y a toutefois une nette différence. Sous les libéraux, les budgets ont été réduits en début de mandat pour ensuite être dopés à la fin. Quant aux caquistes, ils offriront enfin de la prévisibilité aux réseaux de la santé et de l'éducation pour planifier à long terme l'embauche de personnel et leurs autres dépenses. Bien sûr, s'ils peuvent se le permettre, c'est parce que les finances publiques leur ont été laissées en ordre. Cette année, ils gèrent l'abondance.

Au moins, le gouvernement Legault ne mettra pas en péril cet équilibre. Malgré la croissance des dépenses, le budget restera équilibré durant son mandat, tout en cotisant au Fonds des générations. Et malgré une hausse annuelle d'environ 1 milliard dans les infrastructures, la dette diminuera plus vite que prévu.

Tout cela, c'est en théorie... Sur papier, le plan fonctionne. Mais c'est maintenant que le travail difficile commence. Particulièrement en éducation.

En campagne électorale, M. Legault promettait de construire « les plus belles écoles » tout en prévoyant moins d'argent que les libéraux. Le budget présenté hier corrige le tir en haussant les investissements annuels. Reste qu'il faudra trouver les terrains et accélérer les travaux - au rythme actuel, les écoles se dégradent si vite que le déficit d'entretien augmente malgré les rénovations.

Avec la maternelle 4 ans, ce sera encore plus compliqué. Autant pour construire les classes que pour embaucher les enseignants, ce qui est prévu dans le budget ne suffit pas à atteindre la cible de 5000 classes ouvertes d'ici cinq ans. Si cela implique que les caquistes miseront plus que prévu sur le système actuel de garderies, ce sera alors une bonne nouvelle.

Le budget caquiste a le grand mérite de faire de l'éducation une priorité. Plusieurs mesures aideront les enseignants comme le mentorat, la formation continue ainsi que des bourses. Mais une inquiétude demeure. Quand on additionne la hausse annuelle des coûts de système à ces nouvelles mesures, dépasse-t-on le budget prévu ? Ou est-ce le contraire ? Est-ce que le réseau de l'éducation sera incapable d'embaucher les enseignants, orthopédagogues et autres professionnels promis à cause de la pénurie de main-d'oeuvre ?

Bref, l'inquiétude porte sur la gestion et non sur la vision de la CAQ. À une exception près : l'environnement.

Malgré certaines mesures vertes (gestion des déchets), les caquistes n'ont pas encore de plan global pour réduire les gaz à effet de serre - ils y réfléchiront en mai lors de leur prochain congrès. Mais hier, ils ont trouvé le moyen de ne pas renouveler le populaire programme RénoVert. Et les investissements pour les routes restent encore presque deux fois plus grands que ceux pour les transports collectifs.

Mais le meilleur de la CAQ pourrait rester à venir.

M. Legault s'est toujours vanté de diriger un parti d'entrepreneurs. Depuis quelques années, il développe un plan pour transformer le rôle d'Investissement Québec. C'est un sujet qui le passionne et qu'il maîtrise particulièrement bien. Ce plan pour créer plus de richesse viendra dans les prochains mois.

On aura alors le portrait complet de ce que la CAQ souhaite pour le Québec. Ce sera plus un virage qu'une rupture. Et ce sont les détails qu'il faudra surveiller.

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