La décision est absurde, honteuse, scientifiquement injustifiable. La Cour suprême suisse a décrété hier que l’athlète sud-africaine Caster Semenya ne pourra défendre son titre du 800 m aux Championnats du monde d’athlétisme, à Doha, en septembre prochain. Raison invoquée : taux de testostérone trop élevé.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Précisions que personne n’accuse la coureuse de s’être injecté de la testostérone synthétique, une substance interdite. On lui reproche plutôt de sécréter naturellement trop de testostérone.

La décision d’hier est le dernier épisode d’une gênante saga judiciaire lancée par l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF) et basée sur l’idée qu’il doit exister un « fossé » entre les niveaux de testostérone des hommes et des femmes. L’IAAF a fixé une limite de ce qu’est un taux de testostérone « normal » pour une femme – un seuil qualifié d’arbitraire et sans fondement par plusieurs scientifiques.

La testostérone de Semenya lui confère peut-être un avantage sur ses compétitrices. Mais l’histoire sportive est remplie d’athlètes qui gagnent grâce à un corps ou à un métabolisme exceptionnel. Personne n’a reproché à Michael Phelps de dominer la nage parce que son torse est anormalement long.

Les autorités exigent que Semenya prenne des médicaments ou subisse une intervention chirurgicale pour abaisser son taux de testostérone, des procédures risquées. Que des fédérations sportives se mêlent de décider qui est une femme et qui ne l’est pas sur des bases scientifiquement bancales est troublant. Qu’elles imposent à des athlètes de modifier artificiellement leur corps pour pouvoir participer à des compétitions, c’est carrément le monde à l’envers.