« Airbnb triche en toute impunité. » 

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

« Airbnb mène une offensive contre les règles québécoises. » 

« Arnaqueur en série qui sous-loue des logements sur Airbnb. » 

« Des logements loués pour faire la fête… »

On a beau être en plein milieu de l’été, lorsqu’une entreprise fait si souvent la manchette avec autant d’histoires négatives, on peut se poser des questions.

Après tout, le lien de confiance avec le consommateur est à la source du modèle d’affaires d’Airbnb.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Une employée fait le ménage dans un appartement loué avec Airbnb.

À l’instar d’autres acteurs de la nouvelle économie, ce géant semble profiter du flou juridique pour justifier un laisser-faire et un manque de transparence. Il y a deux semaines, La facture à Radio-Canada a aussi sonné l’alarme : une minorité d’hôtes a la mainmise sur Airbnb, profitant d’une loi provinciale « floue et des règlements municipaux difficilement applicables ». Le reportage raconte le « cauchemar » de Québécois victimes d’arnaques, via des annonces frauduleuses sur le site d’hébergement lancé en 2008. « Malgré les plaintes, Airbnb reste difficile à joindre et ne retire pas immédiatement par le truchement d’annonces illégales », souligne le reportage, en déplorant l’absence de contrôle de la plateforme.

Au-delà de l’image de l’entreprise

Après une décennie d’existence, du haut de sa croissance phénoménale, la firme californienne fait-elle preuve d’arrogance ? Sa popularité la rend-elle aveugle aux critiques ?

Pas vraiment, selon Guillaume Lavoie, chargé de cours à l’École nationale d’administration publique, qui estime que ses concurrents ont moins bonne réputation. « De toutes les plateformes du genre, Airbnb est celle qui a le plus haut niveau d’engagement envers les gouvernements et les autorités publiques dans le monde », dit l’expert en économie de partage.

« Cela ne veut pas dire qu’Airbnb ne doit pas collaborer davantage avec les administrations publiques et mieux encadrer ses pratiques dans un environnement légal. Encore faut-il que la réglementation soit compatible avec l’activité économique. »

Le modèle de Vancouver

M. Lavoie a fait partie d’un groupe de travail qui a pondu un rapport sur l’économie collaborative, en juin 2018. Le groupe recommande, entre autres, de mieux encadrer l’hébergement de courte durée sur ce type de plateformes. L’ex-candidat à la mairie de Montréal croit que la métropole a beaucoup à apprendre de villes comme Amsterdam ou Vancouver sur le sujet.

Par exemple, à Vancouver, les autorités limitent la pratique collaborative à la location de sa résidence principale, avec un permis d’inscription obligatoire ; ce que M. Lavoie nomme « la règle de la brosse à dents ». En cas de non-conformité aux règles, une pénalité de 1000 $ par jour et des poursuites judiciaires sont prévues. Résultat : on note 40 % moins d’inscriptions en ligne pour les offres d’hébergement de courte durée à Vancouver.

Le club des jeunes milliardaires

À l’instar des géants informatiques tels Facebook, Google ou Amazon, les leaders de l’économie de partage en ligne semblent avoir sacrifié l’idéal communautaire à l’appât du gain. En quelques années, ils ont transformé leurs sympathiques start-up en grosses multinationales. Avec des enjeux de croissance à gérer au jour le jour.

Les priorités des dirigeants de ce club de jeunes milliardaires ne sont pas le service à la clientèle ni les relations publiques.

Aujourd’hui, on les accuse de fausser la concurrence et de faire exploser les valeurs foncières dans les quartiers centraux des villes. Ce qui provoque une crise du logement dans les métropoles, alors que les touristes n’ont jamais autant sillonné la planète. À Paris, le maire adjoint chargé du logement, Ian Brossat, avance que la capitale a perdu 20 000 logements au profit des locations pour touristes ! « Les arrondissements du centre ont vu leur population baisser. Il n’y a pas forcément de corrélation immédiate, mais nous estimons qu’Airbnb a joué un rôle dans ce phénomène », a-t-il dit au journal Le Parisien, l’automne dernier.

À Montréal, qui avait naguère la réputation d’offrir les loyers les plus abordables en Amérique du Nord, un appartement avec une seule chambre au centre-ville se loue autour de 1800-2000 $ par mois. Pas idéal pour une jeune famille avec des enfants.

Or, c’est beau de dénoncer la « terreur » d’Airbnb, encore faut-il que les pouvoirs publics sachent s’adapter à cette nouvelle réalité du marché. Aucune entreprise privée ne va venir cogner à la porte du gouvernement en lui demandant : « Encadrez-moi, SVP. » 

D’ailleurs, le gouvernement du Québec veut être plus sévère envers Airbnb. De nouvelles règles seront annoncées cet automne, dont celle imposant l’obtention d’un numéro d’enregistrement. Vive le commerce libre dans un cadre légal et loyal envers tous les citoyens !