Au-delà des normes, ce sont les réflexes qui doivent être améliorés, comme le démontre le décès de la mère de Gilles Duceppe.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

Le décès de la mère du politicien Gilles Duceppe, morte d’hypothermie à l’extérieur de sa chic résidence pour aînés, avait causé une commotion en janvier dernier. Les détails révélés par la coroner la semaine dernière sont encore plus choquants.

« Il est étonnant, avec le froid extrême qui sévissait, qu’elle ait pu tenir le coup si longtemps », note la coroner Géhane Kamel dans son rapport rendu public mardi dernier.

Étonnant et d’autant plus embarrassant. À 93 ans, Hélène Rowley Hotte Duceppe ne souffrait d’aucun problème de santé et avait toute sa tête. Ce n’est donc pas un cas d’aîné désorienté qui s’égare à moitié vêtu dans la nuit hivernale, comme on en trouve plusieurs dans les archives du Bureau du coroner.

Mme Rowley Hotte Duceppe a réagi de façon tout à fait rationnelle à l’alarme générale d’incendie qui s’est déclenchée dans les trois tours de sa résidence, peu avant 5 h du matin.

Après avoir mis son manteau, son chapeau et ses appareils auditifs, elle a emprunté la plus proche sortie de secours… qui s’est refermée sur elle comme un piège.

Non seulement sa carte d’accès ne lui permettait pas de déverrouiller la porte pour revenir à l’intérieur… mais il n’y avait ni sonnerie ni interphone.

Il y avait bien une caméra de surveillance, qui la montre clairement essayant de se protéger du vent et du froid… mais personne ne regardait l’écran.

Il y avait bien une alarme à cette porte, qui retentissait encore près de trois heures après qu’elle était sortie… mais l’employé qui l’a désamorcée n’a pas regardé dehors.

Il y a bien eu un cadre du service des incendies qui a demandé si l’on avait vérifié que les résidants avaient réintégré leur logement… mais un employé lui aurait répondu que ç’avait été fait.

La température ressentie était de -35 °C ce matin-là. Lorsqu’on a retrouvé Mme Rowley Hotte Duceppe, ça faisait presque sept heures qu’elle gelait, littéralement, dehors. Il était trop tard.

Nous ne ferons pas ici le procès de la résidence Lux Gouverneur de Montréal. Ce sera à la famille Duceppe de décider si elle entreprend un tel recours.

L’établissement s’est par ailleurs engagé à implanter « à court terme » les améliorations suggérées par la coroner, indique celle-ci dans son rapport. Encore heureux ! Mais on ne peut pas se contenter de ça.

Pourquoi faut-il un rapport de coroner et, donc, au moins une mort, pour détecter et corriger de telles failles ? C’est la question que devraient se poser toutes les résidences qui accueillent des aînés. Parce que même dans un établissement comme celui-là, destiné à des personnes autonomes et semi-autonomes, et qui met surtout l’accent sur les loisirs et le luxe, les résidants s’attendent à être plus en sécurité que seuls dans leur maison ou leur condo. Autrement, pourquoi déménager là ?

Les ministères et organismes concernés (la Santé, responsable de la certification des résidences privées pour aînés, mais aussi la Sécurité publique, la Régie du bâtiment, etc.) étudieront les recommandations de la coroner, a promis la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais.

De fait, certaines normes ont peut-être besoin d’être améliorées, comme cela s’est fait après l’incendie de L’Isle-Verte, qui a coûté la vie à 32 personnes. Sauf qu’au-delà des normes, ce sont les réflexes qui doivent être améliorés. Une porte d’urgence sans sonnette ni interphone, ça peut peut-être aller à la sortie d’un édifice de bureaux donnant sur les rues environnantes. Mais dans la cour intérieure d’une résidence de personnes âgées ? Ce n’est pas parce qu’une installation est réglementaire qu’elle est souhaitable.

Qu’il s’agisse d’un aîné dont l’alzheimer s’est aggravé récemment, et qui n’a donc pas encore été transféré dans un milieu plus encadré, ou d’une personne autonome, comme Mme Rowley Hotte Duceppe, les résidences ne devraient pas seulement se demander si leurs pratiques sont conformes, mais si elles sont assez sécuritaires. Parce que, enfin, on ne peut pas se fier uniquement au fait que ça n’a jamais tué personne…