On aimerait croire que la percée du Parti vert à l’Île-du-Prince-Édouard mardi, lors du plus récent scrutin provincial, est intimement liée au fait que la protection de l’environnement est plus importante que jamais pour les électeurs des Maritimes et peut-être même d’un bout à l’autre du pays.

Publié le 25 avr. 2019
Alexandre Sirois
Alexandre Sirois La Presse

On aimerait le croire, mais… c’est plus compliqué que ça.

Reconnaissons d’emblée qu’on a assisté à un succès historique de la part de ce parti, qui a récolté 31 % des voix et fait élire 8 députés sur un total de 26 sièges en jeu. Il a fini bon deuxième derrière les conservateurs et leurs 12 députés.

PHOTO ANDREW VAUGHAN, LA PRESSE CANADIENNE

Peter Bevan-Baker, chef du Parti vert

Convenons aussi que le phénomène n’est pas spécifique à cette petite province d’à peine 150 000 habitants : la hausse de la popularité des verts avait récemment été remarquée ailleurs au pays.

Le Parti vert a fait élire trois députés en Colombie-Britannique en 2017 et trois, également, au Nouveau-Brunswick l’an dernier (deux députés de plus qu’aux élections précédentes).

Sans compter qu’au Québec, en février, les verts ont étonné lors de l’élection partielle dans Outremont en devançant le Bloc québécois et les conservateurs.

Cela étant dit, les politologues estiment qu’au moins deux autres facteurs ont dopé le vote des verts à l’Île-du-Prince-Édouard. Premièrement, le chef du parti, Peter Bevan-Baker, est un politicien particulièrement populaire et talentueux. Deuxièmement, les électeurs qui ont voté pour son parti ont aussi manifesté leur désir de changement. Ils ont tout simplement prouvé qu’ils en avaient assez des partis traditionnels comme on l’a vu ailleurs ces dernières années.

Des causes similaires ont probablement produit les mêmes effets au Nouveau-Brunswick l’an dernier. Kevin Arseneau est devenu le premier député francophone du Parti vert élu au pays. Il dit être convaincu que son élection, dans la circonscription de Kent-Nord, est liée à la fois aux enjeux environnementaux et « à l’écœurantite avec la façon dont les libéraux et les conservateurs ont fait de la politique pendant les 150 dernières années ».

Au bout du fil, il raconte sa rencontre avec une dame de 96 ans qui lui a dit avoir « voté libéral » toute sa vie et que « ça n’a rien changé ». Elle a fini par lui accorder son soutien, dit le député vert.

En somme, des électeurs sont plus verts, mais d’autres sont tout simplement en beau joual vert.

Les succès des verts d’un océan à l’autre ont de quoi faire rêver la chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May, alors que le scrutin fédéral approche à grands pas. Ils donnent assurément des sueurs froides au NPD, dont le chef, Jagmeet Singh, tarde à convaincre les Canadiens qu’il a l’étoffe d’un premier ministre.

Car les électeurs semblent estimer que le Parti vert est un acteur de plus en plus crédible sur l’échiquier politique canadien. Par ailleurs, il y a manifestement un appétit grandissant pour voir nos politiciens faire de l’environnement une véritable priorité.

Mais, il y a un mais. Et il est de taille. Même si les verts améliorent leur performance, ceux qui triomphent d’un bout à l’autre du pays, ce sont les conservateurs.

Ils dirigent maintenant 6 des 10 provinces. Or, en général, en matière d’environnement, ni leurs promesses ni leurs accomplissements ne sont reluisants. Les premiers ministres conservateurs de quatre provinces sont d’ailleurs actuellement en guerre ouverte contre la taxe carbone du gouvernement libéral, qui est même contestée devant les tribunaux.

Aussi, si cette vague conservatrice porte au pouvoir Andrew Scheer l’automne prochain, on peut craindre que la protection de l’environnement ne dégringole dans la liste des priorités du gouvernement fédéral. Le Parti vert aura beau faire élire un plus grand nombre de députés à Ottawa, ça n’y changera, hélas, absolument rien.

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