Après des années de laxisme et une série de décisions douteuses qui ont coûté des millions aux contribuables, Québec s'est doté en avril dernier d'une «vision immobilière» en vue de remettre de l'ordre dans ses vieilles façons de faire.

Le premier geste concret de cette nouvelle stratégie, annoncé hier, apparaît doublement prometteur.

Québec achètera le siège social de Télé-Québec, détenu par une entreprise privée, en vue d'y centraliser des centaines de fonctionnaires éparpillés aux quatre coins du centre-ville de Montréal. Cette acquisition devrait permettre d'épargner 2 millions en loyers chaque année - une économie non négligeable pour l'État si elle se matérialise.

La transaction devrait aussi contribuer à revitaliser la portion est du quartier des affaires. Le gouvernement entend y créer d'ici 2020 le plus important «pôle» de fonctionnaires provinciaux dans la métropole, avec 3100 employés répartis entre quatre immeubles existants, incluant l'ancien siège social de la Société des alcools du Québec.

De nouveaux bâtiments gouvernementaux pourraient aussi s'ajouter dans ce secteur plutôt morose, situé à l'ombre du pont Jacques-Cartier, a-t-on avancé hier. Cette masse critique de travailleurs devrait susciter une demande nouvelle pour des services et des habitations.

Le succès de cet exercice immobilier dépendra de la gestion qu'en feront le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal. Leurs faits d'armes passés ne peuvent qu'inciter à une certaine circonspection.

Fusil sur la tempe

Il faut dire que c'est avec un fusil sur la tempe que Québec a dû revoir ses méthodes de gestion immobilière au cours des dernières années.

En 2016, un reportage de l'émission Enquête a révélé d'importants problèmes à la Société québécoise des infrastructures (SQI), qui gère une bonne partie du parc immobilier gouvernemental. Des allégations de fraude et de mauvaise gestion, très sérieuses, ont provoqué le déclenchement d'une enquête de la Vérificatrice générale du Québec.

Parmi ses principales conclusions, la Vérificatrice a déterminé que la SQI ne s'assurait pas de bénéficier des meilleures conditions lorsqu'elle signe des baux avec le secteur privé. Des millions ont ainsi été gaspillés dans le cadre d'ententes trop longues et mal négociées qui ont profité à un petit nombre de propriétaires.

Il s'agit là d'une hérésie, considérant le gigantesque levier dont devrait bénéficier l'État en tant que locataire.

Québec semble avoir compris - enfin - l'ampleur de son pouvoir de négociation au moment de signer un bail. Il était temps.

Acheter plus, louer moins

Dans le cadre de sa stratégie immobilière présentée en avril, le gouvernement provincial souhaite augmenter le pourcentage d'immeubles dont il est propriétaire. Ce taux devrait grimper de 28% aujourd'hui à 35% dans cinq ans.

La différence de prix entre la location et l'achat est significative pour Québec - et par ricochet, pour les contribuables.

La SQI estime qu'il lui en a coûté 195 $ le mètre carré en moyenne pour loger ses employés dans les bureaux qu'elle détenait en 2016, contre 252 $ dans ceux qu'elle louait. L'État ne se mettra pas à acheter des immeubles à tout vent, a précisé hier le président du Conseil du trésor Pierre Arcand, mais il cherchera clairement à se distancier du marché locatif.

L'acquisition du siège de Télé-Québec pour 31 millions est un pas dans cette direction. Le ministre Arcand assure que les nouveaux principes de gestion de la SQI, axés sur la «transparence», s'appliqueront dans ce nouveau projet.

Bien faire les choses

Valérie Plante semble elle aussi déterminée à bien faire les choses pour assurer une vraie relance de l'est de Montréal. Son administration s'est assurée d'être «partie prenante» dans le processus décisionnel de Québec dès ses premiers mois au pouvoir, a souligné hier la mairesse. Une vaste consultation a aussi été lancée en juin en vue de pondre un Programme particulier d'urbanisme (PPU) pour le secteur des Faubourgs.

Avec le redéveloppement de la Maison de Radio-Canada et les possibilités de transformation offertes par la brasserie Molson, les astres apparaissent enfin alignés pour «l'Est».

Les décisions qui seront prises dans les prochains mois, tant à Québec qu'à Montréal, devront être à la hauteur du potentiel que représente ce secteur pour la métropole.

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POURCENTAGE DES BUREAUX EN LOCATION PAR DIFFÉRENTS GOUVERNEMENTS

• Québec : 72%

• États-Unis : 56%

• Ontario : 47%

• Canada : 51%

• France : 18%

Source : SQI