Le témoignage de la Dre Sylvie Dufresne concernant la bureaucratie dans le secteur de la santé, publié le 14 mai, a suscité de nombreux commentaires, notamment de collègues médecins. Voici un aperçu des courriels reçus.

Publié le 17 mai
Lisez « Les embûches bureaucratiques d’un médecin »

Du temps perdu

La Dre Dufresne résume tellement bien notre réalité de médecin de famille. Les tâches administratives et le temps perdu à justifier nos demandes et prescriptions grugent notre temps disponible auprès de nos patients.

Dr Daniel Choinière

Bureaucratie et revenus

L’intervenante oublie un détail important : la rémunération exponentielle de sa profession par rapport au reste de la société. Plus de bureaucratie ? Peut-être. Plus de revenus ? Assurément.

Martin Laplante, Montréal

Retour vers une pratique libérale de la médecine

Il serait très intéressant de retourner à une pratique libérale de la médecine, à une pratique désengagée, et ce, à une date prédéterminée. Il serait alors intéressant de voir si les gouvernements demeurent intéressés à s’engager dans l’universalité et la gratuité des soins. Cela permettrait de mettre en lumière ceux qui s’y opposent à travers d’innombrables complexités où nombre de médecins luttent encore pour leur survie… et abandonnent un bateau qui coule inexorablement.

Luc Morin, médecin

Dites-lui merci, Monsieur le Ministre

Quel texte simple, limpide qui explique clairement 40 % à 60 % du problème. « Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément ». Monsieur Dubé, vous venez de vous épargner une énième étude. Dites-lui merci…

François Sansregret, Repentigny

Où est le problème ?

En Haïti, après le tremblement de terre, tout le personnel administratif de l’hôpital St-Marc était parti. Il y a avait quelques infirmières et des bénévoles, comme nous, venus d’ailleurs. Mon ami Maxime, urgentologue de Québec, triait les patients à l’urgence et venait me voir avec des radiographies pour savoir qui devrait-on opérer. Ceux qu’on opérait, après avoir « moppé » moi-même la salle d’opération, retournaient dans une salle avec un dossier composé seulement d’une feuille blanche d’imprimante où il y était inscrit la note opératoire et quelques ordonnances. Tout allait très bien. Ici, pour la même procédure, ça prend plus de 50 personnes, dont 75 % invisibles dans un bureau climatisé et un dossier de 100 pages avec un résultat similaire pour le patient. Où est le problème ?

Karl Fournier, chirurgien orthopédiste et du rachis, Hôpital Charles-Le Moyne

Quand l’économie d’argent prime

Que dire de plus, la bureaucratie, les gestionnaires décentralisés, la déshumanisation des services... quel gâchis. Malheureusement, le « gestionarisme » ne vise pas seulement les médecins, il vise les RPA, la police, l’immigration, la DPJ. En fait, il a su s’implanter dans plusieurs domaines où l’économie d’argent prime le bien-être de la clientèle. Les bonus des fonctionnaires varient en fonction des économies qu’ils réussissent à faire lors de leur passage dans l’organisation. Le service à la clientèle, le bien-être des employés, la qualité de la nourriture, etc., ne font partie de l’équation (ou très peu). Tout ça, bien sûr, se fait dans une impunité totale. On se cache derrière des comités, des conseils d’administration, qui font des recommandations déjà prédéterminées, qui servent les intérêts de l’organisation. Alors, à qui la faute ?

Bernard Gauvin

Penser à la retraite tous les jours

Voilà. Très bien exprimé, Docteure Dufresne. Je pourrais faire copier-coller. Je n’avais jamais réellement planifié ma fin de carrière. Les besoins sont là, les patients étaient reconnaissants, ce qui compensait pleinement les trop nombreuses heures de travail. On avait l’impression de participer à quelque chose comme un service public. Au cours des deux dernières années, je me surprends à envisager tous les jours la fin de ma carrière. Ce qui me restait d’espoir de participer à l’amélioration des soins, tant dans l’organisation de ceux-ci dans mon grand CIUSSS qu’au quotidien avec mes patients en grande partie âgés sinon très âgés, a fondu comme neige au soleil. Me voilà à cibler une date pour ma retraite. Dans trois ans, sans raison bien précise autre que j’aurai 60 ans et que je souhaite bien préparer mon départ pour mes patients et mes consœurs et confrères. Tous les jours depuis, je me demande comment je pourrai poursuivre trois années de plus et j’en suis bien triste, croyez-moi.

Dominique Tardif, médecin de famille, Nicolet

Un monstre difficile à freiner

Une triste réalité qui ne date pas d’hier, mais qui empire d’année en année. La bureaucratie est un monstre qui n’a pas de limite dans son expansion. C’est exponentiel. Malheureusement, lorsque c’est un tiers qui paie la note ou fournit un service, il veut exercer un contrôle sur ce qu’il paie ou fournit. Il s’ensuit une création d’emplois (contrôleurs, inspecteurs, commis, comptables, techniciens en informatique, programmeurs, etc.). S’il y avait davantage de bonne foi, plus de responsabilité, de sens du devoir, moins de personnes qui abusent des systèmes, etc., il serait possible de freiner le monstre et d’améliorer la performance et l’efficience.

Claude Ménard, Laval

Droit dans le mille !

Jadis, un patient pouvait se diriger vers un spécialiste sans passer par son médecin traitant. Depuis, c’est l’inverse, à quoi s’est ajouté le « billet ou formulaire » attestant de ci ou de ça, grugeant ainsi de précieuses heures aux patients. C’est le cœur du problème, ne cherchons plus. Une autre problématique qu’elle soulève avec justesse : tout repose sur les épaules de l’omnipraticien et le spécialiste prend le relais après une batterie de tests qui, dans certains cas, seront repris, un dédoublement de procédures. Finalement, les statistiques révélant notre ratio médecin/patient plus élevé qu’ailleurs est véridique mais est faussé par la montagne de paperasse. Un abus de bureaucratie qui pourrait se résorber si notre système informatique « dossier patient » englobait tous les services reçus : dentiste, physiothérapie, etc. Il suffirait de créer quelques postes au sein des cliniques ou, mieux encore, les CLSC pour répondre à la montagne de formulaires exigés.

Lise St-Laurent

La relation humaine directe est la base de la médecine

Je suis moi-même médecin omnipraticien depuis 1975. Votre article décrit la situation que nous vivons de manière juste et posée.

Le système de santé, et la médecine par le fait même, croule sous la paperasse et les formulaires imposés par les différents organismes règlementaires et les diverses instances technocratiques et fortement centralisées du système de santé.

De plus, on nous amène vers un système où tout va passer par des canaux où le contact humain disparaît. Le CRDS (plateforme de demande de consultation en spécialité) en est le plus bel exemple. Plus de contact entre les confrères spécialistes. Perte de la relation humaine. Et que dire des plateformes de télémédecine privées où vous obtenez une consultation unique et désincarnée.

Mais je demeure optimiste. La relation humaine directe, en présentiel pour utiliser un mot à la mode, est la base de la médecine et elle nous sauvera de toute la technocratie ambiante. Pour cette raison, pratiquer la médecine demeure un métier passionnant et notre plus grande gratification nous vient de notre clientèle qui nous aime et que nous aimons.

Marcel Fortin, médecin