Pour de nombreux lecteurs commentant l’éditorial de Stéphanie Grammond du 22 janvier, « L’hôpital est malade », l’argent ne semble pas le remède aux maux de notre système de santé. Voici un aperçu des courriels reçus.

Publié le 25 janvier

Un monopole à briser

Les dépenses de santé augmentent plus vite que le PIB depuis 25 ans et le résultat est toujours le même, alors mettre plus d’argent dans la santé donnera encore le même résultat. La crise a démontré hors de tout doute l’inefficacité du système de santé. Ce n’est pas une question d’argent, c’est une question d’organisation. La santé est un monopole hospitalo-centrique géré par les médecins pour les médecins. Tant qu’on n’aura pas brisé ce monopole, nous subirons d’interminables listes d’attente.

Jean-Luc Landry, économiste

Commençons par la rémunération des médecins

Une fois de plus, on évite d’inclure dans les pistes de solution la révision de la rémunération des médecins. Autant la rémunération elle-même que le mode de rémunération.

Stéphane Charbonneau

Un obstacle important

Dans la recherche d’améliorer notre système de santé, il ne faut pas oublier un obstacle important : la résistance au changement !

Danièle Grenier, Saint-Bruno-de-Montarville

Au-dessus de nos moyens

Le problème ne serait-il pas que le Québec n’a pas les moyens de se payer le « fameux » modèle québécois ? Au lieu de faire des choix, parfois difficiles, on dit oui à tous les avantages sociaux sans avoir les moyens de se les payer. Alors, la qualité n’est pas au rendez-vous. On veut tout gratis, mais essayez de l’obtenir !

Réjean Durocher, Montréal

Le manque de courage politique

Fin des années 90, le DJean Rochon, alors ministre de la Santé et des Services sociaux, avait planifié toutes les actions en vue de régler plusieurs problèmes fondamentaux du système de santé. On l’a bloqué en lui enlevant les leviers nécessaires au « profit » du déficit zéro. Au fil des années, les pressions des hôpitaux, des médecins et autres groupes ont servi leurs intérêts en croyant servir les intérêts de la population. Non seulement il n’y a pas eu de courage politique pour « faire ce que dois », mais on a imaginé toutes sortes de réformes sans évaluer les conséquences que nous retrouvons 20 ans plus tard (Couillard 2004, Couillard et Barrette 10 ans plus tard). Le sentiment d’appartenance à une population donnée et à une organisation a perdu tout son sens. Tant que des résistants ne voient pas les avantages pour la population et pour eux de faire ce changement, que nous ne faisons pas ce que nous devons faire, que nous pensons à notre réélection, nous retrouvons année après année les mêmes problèmes qui deviennent encore plus difficiles à régler.

Guy Poudrier, ex-directeur général de CLSC-CHSLD

Faisons place au privé

Je souhaite ardemment que l’organisation du système de santé change et que nous laissions plus de place au privé. Comparativement à d’autres pays qui ont des systèmes de santé performants, la hauteur du financement n’est pas l’enjeu principal au Québec.

Mario Leblanc

La gestion des humains a été négligée

Ce n’est pas seulement le sous-financement qui est le problème, c’est avant tout un problème systémique de fonctionnement, d’organisation. L’employeur a négligé la gestion des humains qui compose son personnel et aujourd’hui, c’est tellement peu plaisant comme travail que plusieurs vont faire autre chose. La centralisation ne fonctionne pas, il faut redonner le pouvoir décisionnel localement, hôpital par hôpital, et les gestionnaires doivent sortir de leur bureau pour être sur le plancher et savoir ce qui se passe en temps réel. Ça fonctionnait comme ça il y a 40 ans, les directeurs de soins étaient présents sur le plancher et savaient les problèmes que les employés vivaient.

Alain Brochu, Québec

Un horizon trop court

Tout cela est vrai et le principal problème est que les gouvernements prennent leurs décisions dans un horizon de quatre ans. Convenons que de gros navires tels que la Santé, l’Éducation et l’Environnement, par exemple, souffrent de cette situation. Modifier leurs structures prend un temps fou et si le gouvernement suivant décide d’en faire autant, on tourne en rond.

Notre société est-elle assez mature pour convenir que ces piliers devraient être « négociés » à long terme (15 à 20 ans) avec la population et les partis d’opposition, experts neutres à l’appui, sans qu’un nouveau gouvernement puisse seul en modifier la trajectoire ? Il me semble qu’ainsi, ces secteurs cruciaux seraient davantage à l’abri des partis pris politiques nuisibles ; les gouvernements successifs seraient dans l’obligation de poursuivre le travail entamé et la responsabilité serait ainsi partagée. Je rêve peut-être en couleur…

Isabelle Drouin

Agir autrement

Effectivement, il faut penser autrement et agir autrement. On ne peut pas seulement injecter de l’argent, il faut aussi changer nos façons de faire. J’espère que le gouvernement va agir en ce sens.

Christiane Lefebvre

Voyons ce qui marche ailleurs

Avant même de penser mettre un sou de plus en santé, je crois impératif de revoir l’efficacité du système. Avec un taux de lits par million d’habitants bien en deçà de la moyenne canadienne et avec un coût par lit plus élevé qu’ailleurs au Canada, faisons une courte analyse. Avec un budget santé qui dépasse les 50 % du budget global du Québec et une courbe démographique menaçante, il me semble important de voir le mur pas si loin de notre nez. Ne pas faire cet exercice serait irresponsable comme société. Nous avons assez de compétence au Québec pour faire l’état des lieux et pour penser hors du fameux cycle électoral de quatre ans. Le statu quo n’est pas une option et ajouter de l’argent n’est non plus une option. Il faut regarder ailleurs et penser autrement, car l’argent ne fait pas aimer son travail. Les heures supplémentaires obligatoires font fuir le personnel. La fierté du travail bien fait n’y est plus… Mon avis : prenons une pause et confions à un groupe de penseurs pragmatiques de repenser le système de santé québécois en fonction de ce qui marche ailleurs au Canada. Faisons des choix et rebâtissons en deux ou trois ans. C’est possible, car tous les Québécois savent maintenant que le Québec est malade !

Régent Desjardins

La maladie électorale

En effet, l’hôpital est malade. Cette maladie s’appelle « gagner les prochaines élections » ! Tous les gouvernements, depuis celui de Lucien Bouchard qui s’est amusé à mettre des milliers d’employés de la santé à la retraite, ont réduit la qualité des soins, réduit les budgets et augmenté les tâches administratives au détriment des soins de santé.

Où le bât blesse, c’est que nous sommes en pandémie depuis plus de deux ans et tout ce que la CAQ a trouvé à faire en deux ans a été d’augmenter les salaires et d’embaucher 3000 commis administratifs afin d’aider à remplir les rapports.

Je n’arrive pas à comprendre qu’aucune équipe d’analystes n’a été créée et mise en place pour évaluer les processus, les réviser et les améliorer ! Ce sera la seule façon de revoir le fonctionnement, il faut une équipe multidisciplinaire pour analyser comment se font les choses aujourd’hui et ce qui doit changer afin de devenir meilleur.

Sylvain Déry

*Lisez « L’hôpital est malade »