Sol avait raison. L’hôpital est malade, comme disait le regretté humoriste dans un monologue hilarant toujours aussi d’actualité1.

Publié le 22 janvier

Les patients sont aux petits soins ? « Oui, de plus en plus petits ! », se moquait le clown philosophe dans une boutade qui rejoint les propos de la Dre Lucie Opatrny. Mardi, la sous-ministre nous prévenait qu’on pourrait en arriver à offrir des soins de qualité « B » au lieu de « A+ » à cause de la 5e vague.

Les médecins sont rares ? « Si on a la chance d’en voir un passer, on se dit : ah, j’en ai vu un : un ovnipraticien ! », blaguait aussi Sol, sans savoir qu’on atteindrait aujourd’hui un record de 850 000 Québécois en attente d’un médecin de famille.

Les aînés ont été abandonnés ? C’est la faute du « virus ambulatoire. Il jette de la poudre aux vieux », disait le jongleur de mots dont les propos ne sont pas si éloignés des tristes constats sur les CHSLD contenus dans le rapport déposé mercredi par la commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay.

Tout cela n’est pas une blague. Notre système de santé en arrache parce qu’il a été trop longtemps négligé. Et la pandémie nous force maintenant à revoir nos priorités.

Pendant des années, l’atteinte du déficit zéro a été un credo au Québec. Les résultats ont été au-delà de nos espérances, comme en témoigne la diminution de notre taux d’endettement.

Voyez-vous, le ratio de la dette brute par rapport au PIB a fondu de 54 % en 2015 à 43,2 % en 2020, juste avant la pandémie. La province a ainsi dépassé son objectif six ans plus tôt que prévu. Et même si l’endettement s’est accentué en 2021 en raison de la pandémie, le ratio devrait baisser à 42,5 % en 2026, largement en dessous de la cible de 45 %.

Bravo ! Le ménage de nos finances publiques a apporté des bénéfices indéniables. Il a donné un coup de pouce à notre cote de crédit, ce qui nous permet de financer notre dette à meilleur coût. Une bien bonne chose puisque le Québec reste l’une des provinces les plus endettées et que les taux d’intérêt s’apprêtent à remonter.

Aucun doute, le ménage de nos finances publiques était nécessaire. Mais en allant si vite, on a hypothéqué nos services essentiels. Et on en paie aujourd’hui le prix.

C’est en grande partie à cause de notre système de santé étriqué que la pression de la COVID-19 est beaucoup plus forte au Québec.

Face à la vague Omicron, le gouvernement a donc imposé des mesures sanitaires bien plus strictes qu’ailleurs en Amérique du Nord. Des mesures que le gouvernement Legault refuse encore de lever, même s’il voit la « lumière au bout du tunnel », alors que l’Ontario vient d’annoncer un plan de réouverture et que les États-Unis et l’Europe se déconfinent.

Tout cela a un coût énorme. À preuve, les économistes de la Banque Nationale ont été obligés de réduire, cette semaine, leur prévision de la croissance du PIB réel du Québec de plus d’un demi-point de pourcentage pour 2022.

Mais au-delà des chiffres froids, il y a aussi des gens qui souffrent, des gens qui meurent. Les aînés ont été les premiers à y goûter, comme le démontre le rapport Castonguay qui brosse un portrait implacable de la situation dans les CHSLD.

Malgré le vieillissement de la population, le nombre de places n’a pas suivi dans les CHSLD qui se retrouvent avec des cas de plus en plus lourds, sans avoir les budgets en conséquence.

Le personnel qui roule au maximum de sa capacité n’a pas de marge de manœuvre pour réagir aux chocs. Et que dire des bâtisses ? À peine le quart des CHSLD sont sécuritaires, propres et bien entretenus. C’est à pleurer.

Au moment où la CAQ prépare son prochain budget qui lui servira de plateforme électorale, il est temps de revoir les priorités.

« Il semble clair que la réduction de la dette ne devrait pas être un objectif sans fin », a conclu un panel d’une quinzaine d’économistes à l’issue d’une table ronde, en décembre dernier2.

Par souci d’équité intergénérationnelle, on ne veut pas laisser une montagne de dettes à nos enfants. Mais il ne faut pas non plus leur léguer des services publics qui craquent de partout : écoles mal ventilées, ponts qui tombent en ruine, protection de la jeunesse débordée…

Il est urgent d’injecter les fonds nécessaires pour soigner notre système de santé malade. Ottawa doit aussi verser sa part. Mais ce n’est pas qu’une question d’argent. Il faut aussi faire mieux. Être plus efficace.

Cela passe inévitablement par une meilleure utilisation des données, le talon d’Achille du réseau de la santé. Ici, on peut se réjouir d’avoir aux commandes Christian Dubé, qui est pleinement conscient du défi, qui semble bien outillé pour s’y attaquer… et obtenir des résultats, là où tant d’autres ont échoué avant lui.

Sol disait : « J’assomme mes responsabilités ! »

On a hâte de voir le ministre Dubé à l’œuvre.

(1) Écoutez le monologue de Sol
(2) Lisez un document de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke
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